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Chronique de Catherine Pogonat: les derniers romantiques

À l'ère des amourettes blasées, ils chantent, racontent ou filment l'amour avec un grand A. Ils ne sont pas raisonnables, ces gens, mais pas du tout. C'est justement pour ça que notre chroniqueuse leur rend hommage.

Par
Catherine Pogonat
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John Londono
(8 personnes)
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chronique catherine pogonat

Entre le taux de divorce toujours à la hausse, les amours siliconées des bronzés des téléréalités, la soft porn de certains vidéoclips, les amants en série de Hollywood et les histoires désabusées des trentenaires qui remplissent la télé, j'ai parfois mal à l'amour. Je peine à croire que le romantisme, l'amour avec un grand A, à la vie à la mort, sans limites ni frontières, existe encore.

Et pourtant, pourtant, j'ai aussi l'impression de rencontrer tous les jours, dans le contexte de mon travail, les derniers grands romantiques. Les ultimes résistants, ceux qui portent à bout de bras les mots, les accords, les idées qui poussent à croire que l'amour fou existe encore. Nos artistes sont probablement les derniers des Mohicans, les dignes descendants des Cyrano de Bergerac, des Paul Éluard, des Gaston Miron ou des Serge Gainsbourg qui savaient raconter avec élégance les grands sentiments. En écoutant la grandiose poésie de Pierre Lapointe, les «chansons-dentelle» de Philippe B, les élans purs de Coeur de pirate et même les cris désespérés d'Éric Lapointe, on se remet à croire que l'amour porte le monde. Qu'être amoureux nous donne des ailes, nous transforme en géants, en magiciens, en avaleurs de montagnes, en décrocheurs de lune.

Quand je lis les histoires ultraromantiques de Mathieu Simard ou les mots «rock à l'eau de rose» de Marie Hélène Poitras, quand je cours écouter pour une énième fois les hurlements d'amour et le foisonnement de mots du spectacle Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent, quand je plonge tête première dans l'amour absolu du film Café de Flore, de Jean-Marc Vallée, j'ai envie de crier à tous les vents que notre amour n'est pas blasé. Je ressens l'urgence de croire qu'il prend peut-être son temps au mois de janvier, mais qu'il survivra à la désillusion ambiante, qu'il traversera les périodes creuses et les chutes. Qu'il se relèvera toujours.

 

DATE DE PUBLICATION: 2012-02-03 , Tiré du magazine ELLE Québec, février 2012

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