Quand vient le temps de choisir leur chum, les filles n’ont pas beaucoup évolué depuis l’époque de l’homme des cavernes, croient certains scientifiques. Elles n’y peuvent rien. C’est génétique!
INNÉ OU ACQUIS?
Ainsi, la science aurait percé les secrets de notre coeur... Pas si vite. La sociobiologie, cette discipline qui soutient que les comportements sociaux sont dictés par la biologie, n’a pas que des adeptes, loin de là. Marnina Gonick, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’identité sexuelle et les pratiques sociales, à l’Université Mount Saint Vincent, à Halifax, refuse de qualifier la sociobiologie de science: «À ce que je sache, on n’a jamais identifié un seul gène capable d’expliquer, même en partie, un comportement social.»
Pour cette sociologue, ce sont avant tout notre éducation et les circonstances de la vie qui nous dictent quel partenaire choisir. Les femmes, croit-elle, cherchent des hommes qui partagent leurs valeurs, leurs aspirations. Des hommes qui les complètent. Si certaines d’entre elles sont attirées par le succès, l’argent ou la beauté physique, c’est simplement parce qu’elles ont appris à valoriser ces attributs au contact de leurs parents, de leurs amis ou même des médias.
Susan Pinker connaît bien ce type de discours. «Certaines féministes préfèrent croire que les hommes et les femmes sont égaux en tout. Ça les heurte de penser que, après tout le progrès que nous avons accompli pour la revendication de nos droits, nous en soyons encore là. Mais il y a des différences profondes entre nos comportements et ceux des hommes. On ne peut pas les ignorer.» Bien sûr, admet-elle, il n’y a pas que la biologie qui joue lorsque vient le moment de choisir un compagnon.
À preuve, il existe énormément de variabilité entre les critères de sélection mis de l’avant par les femmes. Celles-ci ne sont pas toutes séduites par un propriétaire de Mercedes. «C’est certain que l’éducation et l’environnement ont aussi une influence, poursuit Susan Pinker. Il reste que nos gènes et nos hormones jouent un rôle plus important qu’on aimerait le croire.»
UNE CHARTE AMOUREUSE
L’anthropologue Helen Fisher est d’accord avec Susan Pinker: la biologie se combine à des facteurs sociaux lorsqu’il est question d’amour. «Nous ne sommes pas que des marionnettes suspendues à un fil d’ADN, après tout.» Dans son livre Pourquoi nous aimons? (Robert Laffont), elle expose une série de facteurs susceptibles d’influencer le tissage de notre «charte amoureuse» – soit une liste de critères inconscients qui agissent sur nous au moment de choisir notre partenaire amoureux: nos passe-temps, notre éducation religieuse, nos rêves, etc. Ces critères occupent une place sur l’échiquier, côte à côte avec nos gènes.
«Ces chartes sont complexes, souligne l’anthropologue. Et elles sont uniques. Deux jumelles identiques, élevées au sein d’une même famille, ne choisiront pas forcément le même type de partenaire.» Selon cette anthropologue, à notre charte individuelle s’ajoutent des critères purement rationnels. «Si vous rencontrez un homme extrêmement séduisant chez des amis mais qu’il habite en Australie, alors que vous êtes sur le point d’entrer dans une école de médecine de Boston, votre charte amoureuse risque d’être reléguée à l’arrière-plan. Vous allez probablement passer au candidat suivant.»
Jocelyne Bounader, psychologue et spécialiste des relations conjugales, croit aussi que les critères mis de l’avant dans le choix d’un amoureux sont complexes. Selon elle, il ne faut surtout pas sous-estimer l’influence des parents: «Bien des jeunes femmes ont eu pour modèle un père qui gagnait plus d’argent que leur mère. Inconsciemment, certaines d’entre elles cherchent peut-être à reproduire cette dynamique.» À son avis, les choses commencent à changer... tout doucement.
Elle voit un nombre croissant de couples dans lesquels les femmes gagnent davantage que leur conjoint. «Évidemment, chez ceux qui viennent me consulter, ce n’est pas l’harmonie. Toutefois, il y a beaucoup d’autres couples pour lesquels ça marche très bien.» Elle ne doute pas que la biologie ait son influence, mais l’éducation n’a pas encore dit son dernier mot, croit-elle.
Au fur et à mesure que les nouveaux modèles de couple émergeront, le mâle pourvoyeur pourrait perdre des plumes. «On verra bien, d’ici une génération ou deux.»
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