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Amour: l'influence du père

Qu'il soit aimé ou détesté, le père occupe une place de premier plan dans la vie de sa fille... et pèse lourd dans ses relations amoureuses.

Par
Hélène Bélanger-Martin
(8 personnes)
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Amour: l'influence du père

COUPER LE CORDON

Jannick, une infirmière de 29 ans, a eu un père très affectueux, tout au moins durant son enfance. Elle se rappelle combien le passage à la puberté a été douloureux: «J'étais très proche de mon père. Il m'amenait partout: au travail, à un match de hockey, dans les magasins. J'adorais être avec lui. Le jour où j'ai eu mes règles, tout a basculé!» Son père lui a alors solennellement annoncé qu'elle était maintenant une femme. Du coup, les câlins, les bisous et leur complicité ont fondu comme neige au soleil. Cette rupture a eu un effet dévastateur sur Jannick: «J'étais très en colère contre moi. Je détestais mon corps. Je voulais être de nouveau petite et retrouver mon père. J'ai commencé à perdre du poids, je voulais effacer mes seins, mes hanches. J'ai fini par souffrir d'un trouble alimentaire. J'ai mis des années à m'en sortir. Aujourd'hui, je vais bien. Mais je ne comprends pas encore pourquoi mon père a agi ainsi.»

Jocelyne Robert a des éléments de réponse: «Certains hommes craignent que les formes féminines de leur fille n'éveillent des fantasmes en eux. Et puis, on dénonce tellement de cas d'abus qu'il arrive que certains aient peur. “Que vont penser les voisins, se disent-ils, si ma belle grande fille s'assoit sur mes genoux?”» La sexologue s'empresse toutefois d'ajouter qu'il est normal et sain d'établir une distance physique entre les parents et les enfants lorsque ceux-ci arrivent à l'adolescence. «Attention, la distance physique n'a rien à voir avec la distance affective! précise-t-elle. C'est une question d'équilibre.»

En effet, tout est une question d'équilibre, selon Véronique Moraldi, écrivaine et conférencière spécialisée en analyse des liens familiaux et de leurs conséquences sur le comportement des adultes. «Un père qui ne tient pas son adolescente à distance, ça peut devenir très “castrant” pour elle. S'il est trop présent, trop protecteur, celle-ci risque de ne jamais se détacher de lui. C'est pourquoi il doit “lâcher” sa fille pour qu'elle puisse aimer un autre homme que lui.»

Père absent? trop présent? pas assez aimant? Le père idéal n'existe sans doute pas. Mais qu'il existe ou pas importe peu, finalement, car si son influence sur l'identité sexuelle et la vie amoureuse de sa fille est indéniable, elle n'est ni définitive ni unique. «Le passé en tant que tel n'est pas intéressant, conclut Guy Corneau. Ce qui est intéressant, c'est de voir en quoi notre passé influence notre présent.» Le but n'est donc pas de trouver un coupable, responsable de nos malheurs, mais de comprendre les blessures de notre enfance pour mieux arriver à les surmonter.

 

L'histoire de Soraya, 38 ans: «Mon père m'a énormément déçue, comme père et comme homme.»

«J'avais 12 ans quand mes parents ont divorcé. Jusque-là, mon père avait toujours été un homme présent, aimant et affectueux. Puis, du jour au lendemain, plus rien! J'ai continué de le voir de temps à autre, mais il est devenu distant, irresponsable, égoïste... Cet abandon et ce changement de comportement ont eu l'effet d'une bombe dans ma vie. Je ne comprenais plus rien! Comme c'était déjà suffisamment tendu et compliqué entre mes parents, j'ai tout gardé à l'intérieur de moi. J'ai enterré ma douleur et j'ai continué d'avancer. À 35 ans, je me suis littéralement effondrée. Cette vieille blessure a explosé, tel un volcan! Je n'ai pas eu d'autre choix que d'entreprendre une thérapie. C'est là que j'ai pu laisser sortir ma colère et ma peine. J'ai saisi que mon père m'avait énormément déçue, comme père et comme homme. J'ai aussi compris que, pendant de longues années, j'avais confondu mon père et toute la gent masculine. Je jugeais constamment les hommes, je ne leur trouvais que des défauts. Il m'a fallu revoir tous mes préjugés et toutes mes peurs, et les apprivoiser. Le processus a été laborieux, mais extrêmement bénéfique. Je me suis rendu compte qu'il y avait plein de gars qui possédaient plein de qualités. Ça a vraiment changé ma vie!»

L'avis du psy «Pour s'épanouir, une femme blessée doit faire le deuil de son père. Elle doit cesser de chercher à “réparer” ou à “revivre” ce que ses parents ne lui ont pas donné. Il lui faut à tout prix se rebâtir à l'extérieur d'eux.» Marc Pistorio, psychologue

L'histoire d'Amélie, 27 ans: «Chaque fois que j'avais besoin de mon père, il lâchait tout pour s'occuper de moi.»

«J'ai toujours été perfectionniste et angoissée. Quand j'étais stressée, c'était vers mon père que je me tournais. Il m'aidait à m'organiser. Chaque fois que j'avais besoin de lui, il lâchait tout pour s'occuper de moi. Je me sentais importante à ses yeux. Comme j'étais très axée sur la performance, mon père m'a appris que ce qui compte, ce n'est pas le résultat, mais le cheminement. Cet enseignement m'a aidée à calmer mes angoisses et il m'aide encore aujourd'hui, tant dans mon travail que dans mes rapports avec les autres et dans mes relations amoureuses. Je prends soin de moi et d'autrui. J'ai une bonne estime de moi. Et je sais que le regard aimant de mon père y est pour beaucoup. Depuis quelques années, je partage ma vie avec un homme qui lui ressemble énormément. Il possède les mêmes grandes qualités... et les mêmes travers. Mon chum est un intellectuel, très peu manuel. Si je veux que les choses se fassent dans la maison, je dois souvent les faire moi-même et, parfois, ça m'irrite. Je comprends maintenant pourquoi ma mère était parfois exaspérée de vivre avec un homme aussi peu doué manuellement, mais les qualités de mon père (et celles de mon amoureux) compensent largement ses défauts!»

L'avis du psy «Le père idéal est celui qui est disponible, qui joue avec son enfant et prend le temps d'établir un lien spécial avec sa fille. On ne lui demande pas d'être parfait, on lui demande d'avoir une présence bienveillante et affectueuse auprès de sa fille.» Guy Corneau, psychanalyste

 

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