Dans bien des couples, l'amour existe encore, mais le désir est mort. Peut-on l'entretenir?
L'éclatement des familles, le stress, la performance, l'importance du travail, le mode de vie urbain et le manque de temps laissent en effet peu de place aux liens humains. Du coup, on se sent de plus en plus seuls, et on investit d'autant plus dans son couple. On a peur de le perdre et, par le fait même, de perdre l'être aimé. Mais à force de moduler ses envies et ses habitudes sur celles de l'autre, c'est souvent soi qu'on perd... au point d'oublier qui on est, ce qu'on veut, ce qu'on aime. Au risque, surtout, de ne plus être la personne libre, autonome et séduisante qu'on a déjà été. Ça vaut aussi pour le partenaire, bien sûr.
Avoir des enfants
Non, ce n'est pas Bébé qui tue la vie érotique. Ce sont les parents qui arrêtent d'attiser la flamme. Car lorsqu'on devient père et mère, on met en place un lourd dispositif de sécurité pour nous rassurer sur notre nouveau rôle d'éducateur. Et on se retrouve vite à tout régler au quart de tour. L'heure du bain et celle du dodo. Le jour de l'épicerie et celui des visites à belle-maman. Les soirées télé et les matins câlins. Bref, tout devient prévisible, encadré, déterminé.
Nous voilà rassurés, bercés par l'illusion d'avoir le plein contrôle. Sauf qu'il n'y a plus de place pour la spontanéité, le rire, le jeu, la fantaisie, le désir, quoi! Nous sommes accaparés par notre fonction parentale, et c'est encore plus vrai pour les mères, qui héritent encore du gros des tâches ménagères et de la charge mentale de la maisonnée.
Ainsi, notre nouvel ordre des priorités nous dit qu'il est préférable de faire une dernière «petite brassée» plutôt que d'aller batifoler dans les bras de l'être aimé. De toute façon, on n'a plus rien à donner, car les enfants ont tout pris! Conclusion: il faut savoir décrocher de son rôle de parent avant qu'il ne soit trop tard (au sens propre comme au sens figuré) pour se retrouver, soi et l'autre.
La libération sexuelle
Elle est où, cette fameuse libération? Ah oui, on peut coucher avec qui on veut, regarder de la porno, faire des stripteases sur Internet, mais reste que les femmes hésitent encore à avouer qu'elles se masturbent - enfin, celles qui osent le faire, bien sûr. D'une part, la société est très permissive, surtout en ce qui concerne la sexualité hors des liens du mariage ou du couple: le sexe sans engagement, sans sentiment, sans nom, sans histoire.
D'autre part, on demeure très moraliste (quelle fille se vante d'avoir de multiples partenaires?) et on continue d'encadrer les moeurs sexuelles (pensons aux campagnes vantant l'abstinence aux ados américains). Notre échec du désir tiendrait à cette ambivalence entre permissivité excessive (tout est effectivement permis...) et attitude répressive (pas avec la personne que j'aime, quand même!). Deux scénarios extrêmes où le couple, l'amour et le désir sont rarement mis en scène ensemble.
La société de consommation
Performance, nouveauté, rapidité et satisfaction immédiate figurent parmi les valeurs sociales actuelles qui déteignent sur la vie amoureuse. On nous pousse à vouloir toujours plus - en quantité, en variété ou en intensité. On nous fait croire que tous nos désirs peuvent être satisfaits, voire se doivent de l'être. On va même jusqu'à comptabiliser la fréquence des rapports intimes et le nombre d'orgasmes obtenus. Seul hic: l'amour et l'érotisme ne sont pas des moyens de production. Et sous la couette, on n'est pas à l'usine!
Pourtant, on continue de vendre une multitude de gadgets pour «atteindre nos objectifs». Dans ces conditions, on imagine à quel point il devient difficile de se contenter d'un seul partenaire pour la vie ou de respecter le rythme fluctuant du désir qui, contrairement au vibrateur, ne fonctionne pas à tout coup. Résultat: «notre tolérance à la frustration s'amenuise», constate Esther Perel.
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