Convoité, controversé, conquis ou construit de toutes pièces, le point G? Le point sur cette zone... sensible.
L'une l'a trouvé, l'autre pas. L'une en retire des orgasmes cinq-étoiles tandis que l'autre peine à ressentir le moindre frisson. Et que dire des experts divisés sur la question et dont les avis partagés nous laissent déboussolées? Pas de doute: le point G demeure, 58 ans après sa découverte, au cœur de l'énigme du plaisir féminin. Mais tout mystère a sa clé... Et pour élucider celui du point G, ELLE QUÉBEC a fait appel à la sexologue Jocelyne Robert. On a aussi réuni trois femmes qui ont trouvé le leur et qui en discutent sans complexe avec elle.
Le point G en cinq questions à Jocelyne Robert, sexologue
1. Le point G existe-t-il vraiment?
Je préfère parler de zone de sensibilité plutôt que de point G. Trop de femmes font l'erreur de rechercher un point précis, comme s'il s'agissait d'un deuxième clitoris ou d'un bouton sur lequel il suffit d'appuyer pour atteindre l'orgasme. Cela dit, oui, cette zone existe. La communauté scientifique reste toutefois divisée sur la question. Le fait que le point G ne soit pas un organe et qu'il soit quasi impossible à identifier sur le plan anatomique y est pour quelque chose. Parmi les multiples hypothèses qui ont circulé à ce sujet, celle avancée en 1995 par des scientifiques australiens (selon laquelle le point G serait le prolongement du clitoris) m'apparaît fort plausible. Ainsi, des ramifications du clitoris s'étendraient jusque dans la zone du point G, ce qui en expliquerait la très grande sensibilité.
2. Est-ce que toutes les femmes en ont un?
Si on part du principe que toutes les femmes ont un clitoris et que l'hypothèse des chercheurs australiens est sensée, je suis tentée de répondre oui.
3. A-t-on besoin d'un GPS pour trouver son point G?
Pas du tout! Le point G est situé dans la paroi antérieure du vagin, à quatre ou six centimètres de la vulve, près de la vessie. Un truc pour le trouver: si on insère son majeur dans le vagin, le point G se trouve généralement à la hauteur de la deuxième phalange. Lorsqu'on y est, on peut sentir une zone spongieuse légèrement striée ou au relief irrégulier, de la taille d'une pièce de 10 cents, qui peut réagir en se gonflant ou en palpitant lorsqu'elle est stimulée.
4. Une fois qu'on l'a trouvé, quelles sont les meilleures façons de le stimuler?
Comme le point G est situé sur la face antérieure du vagin, deux positions sont particulièrement intéressantes durant la pénétration: lorsqu'on chevauche son partenaire ou lorsqu'il nous prend par derrière. De cette façon, la tête du pénis peut stimuler directement la zone du point G. Quant à la classique position du missionnaire, elle ne permet pas de l'atteindre aussi bien.
5. Une fois le point G trouvé, est-ce l'orgasme assuré?
Si on stimule cette zone de la bonne façon, l'orgasme peut être favorisé. Par exemple, si une femme aime la pénétration mais qu'elle n'en jouit pas, c'est qu'elle n'a sans doute pas découvert sa zone de sensibilité – ou son point G, si vous préférez. Cela dit, la sexualité n'est pas une science exacte. Il faut donc expérimenter. Et comme je le répète souvent, un orgasme, c'est un orgasme. Avec ou sans point G!
Table ronde autourdu point G
Comment avez-vous trouvé votre point G?
Lise: Je l'ai découvert à 20 ans avec un gars un peu plus jeune que moi
qui avait déjà lu sur le sujet. Son ex-blonde ne voulait pas de rapport
sexuel complet, et il se servait de ses doigts pour la stimuler. Avec moi, il a fait la même chose et il est tombé pile sur mon point G. Ç'a été ma chance car, à l'époque, je ne savais même pas que ça existait!
Chloé: Moi, j'ai trouvé le mien avec mon chum d'alors, impuissant, qui devait me stimuler manuellement pour me faire jouir.
Madeleine: Je savais que le point G existait mais je l'ai trouvé sans le chercher vraiment, lors d'une aventure. Le gars avait un pénis légèrement recourbé, qui stimulait directement mon point G. Ce qui est drôle, c'est que ce gars-là était un peu complexé par la forme de son sexe mais, pour moi, ç'a été la révélation!
Jocelyne Robert: Certaines femmes ont la chance de tomber sur le bon partenaire et de découvrir leur point G, mais ce n'est pas la majorité. Pour situer cette zone, et d'ailleurs pour améliorer sa vie sexuelle en général, la masturbation est essentielle. C'est la voie royale pour explorer son corps et ses sensations. C'est à nous de trouver les zones qui nous excitent, le rythme ou la pression qu'on aime. Ainsi, certaines femmes adorent la stimulation vigoureuse, alors que d'autres préfèrent être à peine effleurées. Il n'y a pas de règles à cet égard. Évidemment, un partenaire peut participer à l'aventure, mais la recherche du plaisir passe d'abord par la découverte de soi. On n'en sort pas! En ce qui concerne le point G, par exemple, je conseille d'utiliser un vibromasseur de ce genre (elle sort de son sac un modèle avec «tête» rotative et vibrateur externe). Le bout, qui est très recourbé, permet de localiser facilement le point G. C'est ultraefficace! Évidemment, ça ne remplacera jamais le regard désirant d'un homme, mais c'est un gadget très performant pour déclencher l'orgasme.
De quelle façon stimulez-vous votre point G?
Lise: Franchement, pour moi, c'est surtout durant la pénétration que ça se passe – même si, avec les années, c'est plus difficile de jouir de cette façon, car ça exige un homme capable d'avoir une érection vigoureuse et durable. Lorsque je me caresse, je peux bien sûr effleurer cette zone avec mes doigts, mais je ne prends pas de plaisir à la stimuler. Je jouis plutôt avec le clitoris quand je me masturbe.
Chloé: Tout ça change au fil des années et des partenaires. Parfois je sais où se trouve mon point G, parfois je le perds. Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que je dois être très excitée pour que mon point G soit stimulé, sinon ça devient vite inconfortable. Et puis, lorsqu'il est très stimulé, ça me donne parfois envie de faire pipi...
Madeleine: Moi aussi! Est-ce normal?
Jocelyne Robert: Tout à fait! C'est normal d'avoir alors envie d'uriner, car la zone du point G est située près du col de la vessie. En ce qui concerne le timing, les experts s'entendent pour dire que si la stimulation du point G est pratiquée trop tôt durant le rapport sexuel, elle peut être inutile, agaçante, voire douloureuse chez certaines femmes. Il vaut mieux avoir atteint un certain degré d'excitation avant de s'y adonner.
Justement, ça ressemble à quoi un orgasme avec le point G?
Lise: La sensation est plus intérieure, concentrée dans le ventre, et elle monte jusqu'à l'estomac. Les orgasmes peuvent être plus nombreux et se produire en boucle, alors qu'avec le clitoris l'orgasme est unique et plus localisé aux organes génitaux.
Chloé: C'est vrai que la sensation est différente. Un jour, j'ai eu un orgasme tellement puissant avec mon point G que j'ai éjaculé pour la première fois de ma vie! C'était impressionnant...
Lise: C'est donc la preuve que ça existe, l'éjaculation féminine!
Jocelyne Robert: Oui, puisque Chloé l'a expérimentée, mais l'éjaculation féminine est encore un phénomène contesté. Des chercheurs parlent d'un mélange de sécrétions et d'infimes gouttes d'urine qui seraient expulsées pendant un orgasme très intense. D'autres en nient l'existence. À ce sujet, le débat reste ouvert... Une chose est sûre, toutefois: certaines femmes peuvent libérer un fluide en plus ou moins grande quantité lorsqu'elles sont très excitées ou au moment de jouir. Ça n'a rien d'anormal, et ça peut arriver sans que le point G soit stimulé. Je le répète: avec ou sans point G, un orgasme, c'est un orgasme!
Au fond, notre quête du point G est-elle démesurée?
Lise: Je me le demande. Car, au fond, ce n'est pas parce qu'on a trouvé son point G que la relation sexuelle avec un partenaire est forcément satisfaisante. Ce n'est absolument pas représentatif de la qualité de la relation! J'ai déjà eu de fabuleux orgasmes de type point G avec des mecs que je n'aimais même pas. Simple question de physiologie: la grosseur et la longueur du pénis sont adéquates, la chimie est bonne... Pour le reste, ça ne veut rien dire! La fois où j'ai le mieux aimé faire l'amour avec un de mes chums d'alors, qui d'habitude me comblait parfaitement, je n'ai pas eu d'orgasme... mais nous étions tellement proches.
Madeleine: Il y a effectivement un monde entre vouloir faire l'amour avec l'autre et avoir envie de jouir pour soi. Cela dit, c'est bon de pouvoir connaître les deux.
Jocelyne Robert: C'est vrai qu'on peut avoir des orgasmes mirobolants et ne pas être satisfaite érotiquement, ne pas éprouver de sentiment de plénitude dans notre rapport avec l'autre. Voilà pourquoi la performance n'est pas tout ce qui importe; l'intimité compte aussi pour beaucoup. C'est là toute la beauté de l'amour et le mystère du désir. Avoir envie de l'autre, de s'abandonner... Par ailleurs, rechercher des sensations fortes, comme celles que peut apporter le point G, c'est merveilleux. Mais j'ajouterais ceci: «Plutôt que de partir à la recherche d'un point précis et de paniquer si vous ne le trouvez pas, partez à la recherche et à la conquête de vous-même. C'est fabuleux tout ce que vous allez découvrir!
J'ai testé
Il s'appelle Slimline G (Orchid, sur le site Internet) et il est censé nous aider à localiser notre point G. Après essai, j'avoue qu'il y arrive parfaitement. Avec sa forme incurvée, ce vibromasseur permet de cibler précisément la zone en question – au lieu de procéder par tâtonnements – et les sensations s'en trouvent décuplées. Comme on le dit si bien: «Le bon outil pour le bon usage.» Idéal pour celles qui veulent explorer ce point chaud de leur anatomie. (22 $)
www.comeasyouare.com
CHANTAL TELLIER
Booster son point G
Il y a quelques années, la chirurgie plastique vaginale a fait son apparition en Californie. Parmi les interventions pratiquées: l'amplification du point G (ou G-Shot) par le Dr David Matlock. Le principe est d'injecter du collagène dans la zone du point G. Cela permettrait, dit-on, d'amplifier son volume et d'en favoriser la stimulation... Décidément, la course à la performance ne connaît pas de limites!
À LIRE
Le sexe en mal d'amour – De la révolution sexuelle à la régression érotique, de Jocelyne Robert (Les Éditions de l'Homme)
Avec humour et tendresse, la réputée sexologue québécoise nous parle désir, plaisir, découverte, jouissance, liberté, curiosité, sentiments, émotions... Pour combattre le sexe désincarné, la gymnastique génitale, la performance à tout prix. Et nous réconcilier avec la plénitude humaine, l'aptitude au bonheur, le sens du partage et de la rencontre.
Le point-G et l'éjaculation féminine, de Deborah Sundahl (Guide Tabou)
À l'aide de témoignages, de schémas, d'explications scientifiques et d'exercices pratiques, l'auteure – qui anime des ateliers sur le sujet – nous guide sur les chemins de la découverte de soi et du plaisir. Objectif: repérer son point G, apprendre à éjaculer et tirer bénéfice de ces belles expériences.
Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC



