C'est un grand désir féminin: transformer son homme! Fantasme réalisable ou source inépuisable... de conflits?
TOUT NOUVEAU, TOUT BEAU
Ça y est, on l'a trouvé, l'homme de nos rêves! Il est beau, sexy, drôle, attentionné. On flotte carrément sur un petit nuage! C'est la fameuse phase fusionnelle où tout – et surtout notre chum – est merveilleux. Durant cette période bénie, «remettre en cause un trait de la personnalité de l'objet de notre passion, c'est risquer la désillusion, surtout pour les femmes qui attendent toujours un peu le prince charmant», commente Yvon Dallaire. «Je me souviens, raconte Sophie, de mes premières sorties en groupe avec Benoît; il parlait sans arrêt, gesticulait et prenait beaucoup de place. Je suis plutôt réservée, et ce côté extraverti m'agaçait un peu, mais j'ai vite fait taire ma petite voix intérieure et j'ai fait la sourde oreille aux commentaires de mes proches pour ne voir que son côté super sociable et son sourire à faire fondre n'importe quelle fille!»
Après la passion, la réalité refait surface. Le quotidien nous rattrape, et on découvre peu à peu les petits et les grands «défauts» de l'autre. Il laisse traîner la vaisselle, passe trop d'heures au gym, s'habille comme un ado et flambe ses payes chez Future Shop. Que faire? Le prendre comme il est ou tenter de «l'améliorer»? «L'acceptation de l'autre tel qu'il est réellement constitue un point critique dans l'évolution de tout couple», signale à ce propos Yvon Dallaire. C'est là que ça passe... ou que ça casse, comme ç'a été le cas de Sophie: «Benoît n'a jamais changé, et j'étais incapable de supporter cet aspect de sa personnalité», dit celle qui était pourtant «persuadée de pouvoir rendre [son] chum plus discret, moins accaparant et plus à l'écoute des autres».
EXAMEN DE CONSCIENCE
Vouloir améliorer son compagnon, est-ce si épouvantable que ça? «Pas forcément. Ça peut même être sain quand c'est pour le bien de l'autre ou pour celui du couple. Cependant, ça peut aussi hypothéquer dangereusement la relation si on ne le fait pas pour les bonnes raisons», nous met en garde Yvon Dallaire. Pourquoi est-ce que ça nous agace tant de le voir lire tranquillement son journal le samedi matin? Si la raison est qu'on aimerait qu'il s'active un peu pour pouvoir passer du temps en amoureux ou en famille, ça peut être très bénéfique pour le couple. Par contre, si c'est parce qu'on est soi-même incapable de s'accorder un moment de répit et qu'on exige de l'autre qu'il soit comme nous, ce n'est plus du tout la même histoire... Reste donc à nous interroger sur nos motivations: pourquoi son comportement nous exaspère-t-il tant? On voudrait le contrôler? Le modeler à l'image qu'on se fait de l'homme parfait? ou simplement l'aider à ce qu'il se sente mieux? Notre désir de changer notre homme pourrait aussi cacher une incapacité à nous remettre en cause nous-mêmes. Quand notre couple va mal, qu'on est devant une difficulté ou qu'on est déçues de la tournure que prend la relation, il est beaucoup plus facile de croire que c'est la faute de l'autre. On s'imagine alors que s'il modifiait son comportement, tout rentrerait dans l'ordre. Or, les experts sont du même avis: le couple se construit à deux, et chacun doit se questionner sur son comportement avant d'incriminer l'autre – par exemple, les récentes et fréquentes absences de votre chum ne seraient-elles pas liées à votre humeur de chien par hasard?



