Ils n'ont aucun désir physique et commencent à le dire haut et fort. Qui sont les asexuels?
LA QUATRIÈME DIMENSION
Lorsqu'Elizabeth Abbott, historienne à l'Université de Toronto, a publié son Histoire universelle de la chasteté et du célibat, elle a été très surprise de recevoir un grand nombre de lettres de gens lui révélant leur indifférence au sexe. Quand elle a écrit dans la revue de cette université un article entièrement consacré à l'asexualité, les réactions ont été plus nombreuses encore. Une de ses étudiantes, Laura, lui a aussitôt envoyé par courriel le message suivant: «Je veux vous remercier de soutenir le fait que l'asexualité doit être considérée comme une orientation sexuelle valable, même si je n'en tire aucune "fierté". Il est toutefois bon de se sentir reconnue.»
L'historienne croit aussi que le phénomène de l'asexualité ne devrait pas être considéré comme quelque chose d'anormal ou de marginal. «Je pense vraiment que certaines personnes naissent avec très peu ou pas du tout de désir sexuel. La plupart d'entre nous se situent au milieu. Si on considère que la sexualité peut se mesurer, il suffit de mettre l'hypersexualité à un pôle et l'asexualité à l'autre, tout simplement.» Car l'asexualité ne doit pas être confondue avec l'abstinence, le refus ou la peur de la sexualité. «Bien sûr, admet Elizabeth Abbott, la marge est mince. Il se peut que certains asexuels le soient devenus très jeunes à cause d'un traumatisme dans leur enfance, par exemple, mais je ne crois pas que ce soit généralement le cas. Je n'ai d'ailleurs personnellement jamais entendu un asexuel parler de répulsion ou de peur du sexe. Certains avouent même s'être masturbés à l'occasion ou avoir eu quelques relations sexuelles, histoire de voir.» En fait, comme le souligne Michel Dorais, l'important est que cette situation ne fasse pas souffrir: «Si c'est le cas, il y a effectivement un problème. Sinon, pourquoi ne pas accepter tout simplement le fait que certains ne veulent pas donner de place au sexe dans leur vie?»
«Ce qui nous fait souffrir n'est pas l'absence de sexe, précise David Jay, puisqu'on ne ressent pas de manque physique. Nous ne sommes pas chastes en nous contraignant, nous le sommes naturellement. Nous n'avons donc aucun mérite. Le problème, c'est le regard des autres sur nous.» Elizabeth Abbott ajoute: «C'est pourquoi beaucoup de femmes, en réalité asexuelles, pratiquent le sexe par pure convention sociale; par contre, pour les hommes, c'est plus difficile de masquer une absence d'érection...»



