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Sexualité: comment entretenir le désir?
Dans bien des couples, l'amour existe encore, mais le désir est mort. Peut-on l'entretenir?
Par Marlène Hyppia
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DÉSIR... CE QUI L'ALLUME
Liberté – mystère – distance «Sans une part d'incertitude, il n'y a ni attente, ni désir, ni frisson», lit-on dans L'intelligence érotique. Ce qui fait les beaux jours d'une conquête amoureuse, c'est l'inconnu, l'incertitude, le fait que l'autre baigne dans une aura de mystère, qu'il ne nous «appartient» pas, qu'on ne sait pas encore s'il va nous choisir. Un sentiment à la fois angoissant et terriblement excitant. C'est précisément cette distance – non encore franchie – qui rend l'autre si irrésistible, si désirable. Ça ne signifie pas pour autant que l'intimité, la sécurité et la fidélité sont exclues!
Au contraire, il s'agit souvent d'éléments indispensables à une relation amoureuse saine et équilibrée, rappelle l'auteure. Le défi, c'est plutôt d'arriver à conserver ou à recréer un peu de cette distance – celle-là même qu'on s'acharne tant à effacer, une fois la relation amorcée – entre notre chum et nous.
La troisième personne Un peu de jalousie suffit à nous rappeler que l'autre existe encore en dehors de nous et du couple, explique Esther Perel. Mieux: ça nous fait prendre conscience que notre partenaire ne nous appartient pas, qu'il pourrait partir, être désirable pour quelqu'un d'autre. Un tel constat peut assurément nous donner envie de le choisir, de le vouloir à nouveau. Le flirt (sans aller jusqu'au lit) avec une tierce personne ajoute parfois un peu de piquant dans une relation conjugale, tout comme le simple fait d'avouer qu'on trouve d'autres personnes intéressantes ou sexys incitera bien souvent le partenaire à désirer davantage sa compagne – et vice-versa. Un truc vieux comme le monde... mais qui continue de faire ses preuves.
Inscrire le sexe à l'agenda! Pour les couples romantiques que nous sommes devenus, pareille idée peut sembler une hérésie. Planifier une rencontre sexuelle? Ça va tout à fait à l'opposé du principe selon lequel lorsque l'amour va, tout va, sans qu'on ait à fournir le moindre effort. Erreur, estime Esther Perel. On ne parle pas ici d'acharnement, mais plutôt de se donner des rendez-vous amoureux pour s'aider à réserver du temps pour son couple (surtout si on a des enfants). On peut même voir ça comme des préliminaires... qui peuvent s'étirer sur quelques jours. Car l'un des mythes que la thérapeute fustige est celui de la sacro-sainte spontanéité.
Ah! faire l'amour comme aux premiers jours, instinctivement, sans rien planifier, se remémore-t-on avec nostalgie... On oublie pourtant qu'on se donnait alors rendez-vous dans le but avoué (peut-être pas à l'autre, mais sûrement à soi-même) de s'envoyer en l'air. On choisissait avec soin ses vêtements, son parfum, le resto... Bref, on y pensait des jours à l'avance et on se présentait sous son meilleur jour – pas en pyjama Mickey Mouse! Est-ce cela qu'on appelle de la préméditation?
L'intelligence érotique «Le désir est un paradoxe à gérer et non un problème à résoudre», résume l'auteure. C'est-à-dire qu'il n'existe pas de solution toute faite, pragmatique et 100 % garantie pour que le désir soit au rendez-vous à chaque fois et pour longtemps. Il faut accepter qu'il apparaisse et disparaisse. Freud disait que «l'amour est un temps de repos entre deux temps de désir». En fait, le secret des couples qui durent tiendrait à leur aptitude à alterner entre amour et désir. À cultiver aussi l'autonomie au sein du couple, afin que la distance – et le rapprochement qui s'ensuit – soit encore possible.
Dans ce domaine, la fusion est dévorante et étouffante, tandis que le jeu, la complicité, l'amour, le respect et la liberté des partenaires sont propices à l'érotisme. Or, cela exige une participation active du couple, «une résistance constante au message qui nous dit que le mariage est sérieux, qu'il représente plus de travail que de jeu, et que la passion est réservée aux adolescents et aux gens immatures. Se plaindre d'avoir une vie sexuelle ennuyeuse est facile et conventionnel, mais entretenir l'érotisme chez soi est un acte autrement plus subversif», conclut Esther Perel.
Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC
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