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Révolution paternelle et le congé de paternité

De plus en plus de papas prennent leur congé de paternité... et reconsidèrent la famille, le couple et le travail. Phénomène aux retombées incalculables.

Par Luc Bouchard

Photo: Rosemarie Gearhart/ Istock.com

Philippe Sarrasin a trois jeunes enfants. «Pour les deux premiers, j'ai partagé le congé parental avec ma blonde; on a fait chacun six mois. Pour le troisième, grâce au nouveau régime d'assurance parentale, on a pris le congé ensemble. Ç'a été un privilège d'être tous les deux avec les petits et de pouvoir orchestrer nos journées autour des dodos de l'après-midi...»

Privilège ou pas, l'arrivée d'un troisième bébé en quatre ans a aussi été l'occasion d'un sérieux travail d'introspection chez cet homme de 33 ans. «Décrocher de son boulot, c'est avoir du temps pour réfléchir... Ça m'a permis de réaliser, entre deux changements de couches, l'importance à mes yeux d'être un père “présent”. Dans la foulée, j'ai compris que je n'étais plus en mesure d'accomplir les heures voulues pour répondre aux attentes de mon employeur.» Philippe a donc quitté son emploi de gestionnaire chez Gaz Métro (et tous les avantages qui en découlaient) afin de reprendre une petite librairie située à deux pas du cocon familial, à Verdun.


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«Être son propre employeur est bien plus exigeant au point de vue psychologique, mais c'est pas mal plus souple au quotidien. Avant, mes enfants dormaient encore quand je partais le matin et ils avaient fini de souper quand je rentrais. Je les voyais à peine une heure par jour. Ma blonde, elle, était comme une mère de famille monoparentale; elle faisait tout. Aujourd'hui, comme je suis à la maison, elle peut aussi s'occuper d'elle, prendre tranquillement un bain ou aller chez le coiffeur.»

N'écoutant que sa conscience, Philippe a réorienté sa carrière et a troqué une jolie baisse de salaire contre une meilleure qualité de vie: «J'ai dû choisir entre ma famille et mon emploi, dit-il, et j'ai choisi ma famille. Avoir des petits est une décision qu'on a prise en commun, ma blonde et moi. On ne savait pas trop dans quoi on s'embarquait à l'époque, mais on savait très bien qu'on aurait à s'y investir et à y mettre le temps. Et il était très clair entre nous que ça se ferait à deux. Car ma blonde aussi a sa carrière.»


Un choix de société

«La présence du père auprès de l'enfant fait partie des valeurs émergentes de notre société», explique Denis Latulippe, PDG du Conseil de gestion de l'assurance parentale (CGAP), l'organisme chargé de gérer le régime québécois d'assurance parentale (RQAP). «Dès l'instant où les femmes occupent plus de place sur le marché du travail, il est normal que les hommes occupent plus de place à la maison. En ce sens, le régime est assez bien adapté aux nouvelles réalités québécoises, aux aspirations des jeunes parents qui veulent à la fois mener une carrière et fonder une famille dans des conditions acceptables.»

Les chiffres confirment d'ailleurs ses propos. L'an dernier, 35 851 pères ont profité du RQAP pour être auprès de leur bébé. Depuis l'instauration du régime québécois d'assurance parentale le 1er janvier 2006, c'est une augmentation de plus du double par rapport à 2005. «Avant, lorsque le père prenait un congé à la naissance de son enfant, ce congé empiétait sur le congé parental de la mère. Aujourd'hui, le nouveau papa a droit à un congé de paternité de cinq semaines (la mère, à un congé de maternité de 18 semaines). À ces cinq semaines s'ajoute une période supplémentaire pouvant aller jusqu'à 32 semaines, que le père et la mère se partagent en fonction des besoins de la famille.»

Martin Saint-Germain, 27 ans, a un garçon de cinq mois. Il est sur «la dernière ligne droite» d'un congé parental de six mois. «Je suis resté à la maison parce que c'était la meilleure chose à faire pour notre enfant, dit-il. C'est très émouvant de voir la vie au au jour le jour. Je me souviendrai toujours de la nuit où, après lui avoir donné son boire, j'ai vu Henri me regarder d'un drôle d'oeil avant de me faire le plus beau des sourires. Il avait peut-être deux mois à l'époque et il n'était pas encore très expressif. J'en ai pleuré de joie. Ç'a été pareil la première fois que je me suis absenté de la maison pour la journée. Je me suis mis à pleurer quand je l'ai revu. C'était comme si je venais de réaliser d'un coup que j'étais responsable à 50 % de son existence.»

Autant Martin n'a pas hésité à prendre congé pour participer à l'éclosion de sa famille, autant il a trouvé difficile de faire avaler la pilule à son patron. «J'étais responsable du service des loisirs d'un centre communautaire montréalais. Mon patron était un gars dans la quarantaine avancée, père de deux enfants, mais il ne comprenait pas pourquoi je voulais rester à la maison. J'ai ressenti un manque d'ouverture de sa part. Il m'a vraiment donné l'impression que je l'emmerdais avec mon histoire de congé parental.»

«Plus le milieu de travail est composé d'hommes, et l'assiduité au bureau, importante, moins les employeurs sont ouverts à l'idée des congés de paternité», constate Diane-Gabrielle Tremblay, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les enjeux socio-organisationnels de l'économie du savoir. «Pourtant, les hommes québécois veulent assumer davantage leur rôle de père et participer à la vie familiale. Sur le terrain, ils nous disent: “Je veux m'occuper des enfants”, “J'aimerais être présent”, “Je tiens à épauler ma femme”, mais leurs milieux de travail n'ont jamais envisagé les choses sous cet angle.»

Cette réticence au changement serait-elle liée aux coûts du régime d'assurance parentale? « Non, répond Diane-Gabrielle Tremblay. Les changements technologiques coûtent beaucoup plus cher que le réaménagement du temps de travail.» Denis Latulippe, du CGAP, ajoute:«La question n'est pas de savoir si le régime nous coûte trop cher. Il faut plutôt se demander si, en tant que société, nous avons les moyens de courir le risque que nos jeunes décident de ne plus faire d'enfants – si on ne les soutient pas – ou qu'un des deux parents n'ait d'autre choix que d'abandonner son travail s'il désire s'occuper de ses enfants, alors que nous sommes devant une pénurie de main-d'oeuvre.»

Selon le PDG du CGAP, il est fondamental que nos jeunes adultes, notamment les femmes, qui sont de mieux en mieux formées, soient sur le marché du travail. «Les jeunes d'aujourd'hui ne veulent pas avoir à choisir entre la carrière et la famille, fait remarquer Diane-Gabrielle Tremblay. Ils ne manquent pas d'éthique de travail; ils refusent tout simplement de sacrifier l'une à l'autre.»
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1. Un choix de société
2. Solidifier le couple
3. Des petits mieux encadrés?

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