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Des filles à marier sur le Net

Elles sont Cubaines, Philippines ou Russes. En épousant un Canadien, elles pensent trouver le prince charmant. C'est vrai pour certaines. Pour d'autres, C'est un cauchemar.

Par Mario Girard

Illustration: LINO

Que cherchent les hommes?


Si le phénomène des promises par correspondance est présent chez nous, il demeure un sujet tabou. Le portrait-robot de l'homme qui a recours à ce moyen pour se marier est donc plutôt difficile à tracer. On note toutefois un écart d'âge très souvent considérable entre l'époux et la promise. De 20 à 50 ans, selon des études américaines. Nicole Richer n'a pas peur de qualifier ce type d'union de «pédophilie déguisée». Elle se remémore notamment l'histoire d'une jeune Dominicaine de 14 ans, mariée à un Québécois de 57 ans. «On a finalement découvert que, au moment de son mariage, elle avait 13 ans et que ses papiers avaient été truqués pour permettre l'union.»


Pour de nombreux hommes, il s'agit en fait de trouver une épouse docile qui remplira tous les rôles: de ménagère à partenaire sexuelle, en passant par belle-mère (pour les enfants d'un premier mariage) et infirmière en cas de nécessité. «C'est triste à dire, mais la pratique des promises par correspondance, en Europe comme en Amérique, vise de plus en plus à répondre aux besoins de soins qu'éprouvent les hommes. Certains sont des malades chroniques ou des handicapés physiques qui cherchent une personne pour s'occuper d'eux», dit Marie-Claire Belleau.

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Propriétaire de l'agence française French Romance, qui affiche à son actif 1800 unions dont certaines incluant des Canadiens, Patrick Teissier a rencontré sa nouvelle épouse russe au moyen d'un de ces sites. «Quand je me suis inscrit, j'avais en tête de rencontrer une femme étrangère. Je voulais vivre une expérience différente de celle que j'avais eue avec mon ex-épouse, raconte-t-il. Je trouve que les Européennes, et c'est sans douteaussi le cas des Nord-Américaines, sont too demanding.»


Grands timides, déçus par leurs relations amoureuses passées, jugeant les Occidentales trop féministes et pas assez féminines, les hommes qui s'en remettent à cette méthode ont la nostalgie d'une autre époque. «Je crois que beaucoup de clients de ces agences, particulièrement les Nord-Américains, cherchent une femme plus traditionnelle, un peu semblable à celle qu'a été leur mère», affirme Patrick Teissier.


Mari et parrain


Il n'existe aucune donnée sur le nombre de Canadiens ayant épousé une promise par correspondance. Le ministère de l'Immigration commence à s'intéresser à ces couples à partir du moment où ils se retrouvent dans un contexte de «parrainage conjugal». Après que les conjoints ont démontré la véracité de leur union, l'épouse étrangère est placée sous la responsabilité du mari dans le cadre de ce type de parrainage et ce, pendant trois ans. Jusqu'à l'obtention de sa citoyenneté canadienne, la femme demeure ainsi, en quelque sorte, dépendante de son compagnon. Celui-ci a une responsabilité financière à son égard, de même qu'une obligation morale de la soutenir dans ses démarches d'intégration.


Selon Andrée Côté, coauteure de l'étude Qui prend pays... L'impact du parrainage sur les droits à l'égalité des femmes immigrantes pour le compte de Condition féminine Canada, cette situation ne favorise pas les épouses étrangères. «Dans un contexte où les inégalités sexuelles sont fréquentes, on accorde un trop grand pouvoir à l'homme», déplore-t-elle. «On traite certaines femmes comme de la marchandise, renchérit Nicole Richer. Il y a des époux mécontents qui se rendent dans les bureaux d'Immigration Canada et qui disent: “Je lui retire mon parrainage, je la renvoie dans son pays.”» Sans argent ni ressource, la femme n'a parfois d'autre choix que de retourner dans son pays d'origine.


Pour le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles du Québec, il est clair que le mari n'a aucun droit, uniquement des responsabilités. «La femme a des recours en cas d'abus, dit un porte-parole du ministère. Malheureusement, ces épouses qui viennent de l'étranger ont peur de communiquer avec nous car, dans leur pays, on ne dévoile pas ce genre de chose à son gouvernement. Elles préfèrent se tourner vers les centres d'hébergement.»
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