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La sexualité des adolescents: totalement débridée?
De plus en plus d'adultes paniquent devant l'exposition de leurs ados à la porno. Fausse inquiétude ou réalité préoccupante?
Par Pascale Navarro
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Real Girl Go Wild Sans vouloir noircir le tableau, les psychologues, sexologues et autres intervenants consultés pour cet article notent un grand désarroi moral chez les jeunes. Ève-Marie Pouliot est intervenante au Centre de santé des femmes de l'Estrie. «Les filles me disent carrément ne pas être prêtes, par exemple, pour le sexe oral, mais elles se sentent obligées de répondre à cette demande et le font par peur de perdre leur chum. Ce sont des choses que j'entends fréquemment.» Mais n'était-ce pas notre cas à toutes, de vouloir plaire à nos jeunes amants quand nous étions ados? «Oui, mais pas à ce point, répond l'intervenante. On sentait davantage qu'on avait le droit de dire non, il y avait plus de respect. Aujourd'hui, je vois des adolescentes qui ressentent une pression sociale que nous n'avons pas subie.»
Linda Hervieux, infirmière en milieu scolaire au secondaire, constate pour sa part qu'il y a de plus en plus d'interrogations quant à des pratiques autrefois jugées déviantes ou du moins marginales. «Je fais ce boulot depuis 20 ans, et j'entends aujourd'hui de nombreuses questions sur le sexe à plusieurs, par exemple. Elles sont posées par des jeunes d'une douzaine d'années qui se demandent si c'est correct d'avoir ce genre de relations.» Sa collègue, Caroline Gauthier, ajoute avoir reçu une adolescente qui avait été sollicitée pour une relation avec une dizaine de garçons. «Elle m'a dit avoir refusé, mais cela signifie que ces cas existent, et de plus en plus.»
La révolution sexuelle que nous avons vécue dans les années 70 est en train de se solder par une fausse interprétation des choses, constate Jocelyne Robert. «Oui, nous sommes plus “ouverts”, nous parlons avec une certaine banalité des pratiques sexuelles, des positions, etc., mais au lieu d'exprimer nos désirs de manière plus libre et démystifiée, nous instrumentalisons la sexualité et devenons des corps qui se répondent sans plus aucun lien affectif. Nous avons développé une vision utilitaire de notre sexualité, et c'est celle que retiennent nos adolescents, filles et garçons.» Il est moins compromettant, en effet, de se masturber devant une image que d'éprouver du désir pour un autre être humain avec qui il faut cultiver un lien amoureux...
D'autant plus que ce qu'apprennent les ados relève des plus vieux stéréotypes sexuels. «Une des questions qui revient souvent chez les filles, dès l'âge de 11 ans, c'est comment faire une bonne pipe, relatent Jocelyne Robert et Francine Duquet. Elles sont très préoccupées de faire ça correctement; elles perçoivent cette pratique comme un service à rendre à un garçon, mais ne parlent pas du tout de leur désir.
À l'opposé, bien peu de garçons se demandent comment faire un cunnilingus! On est encore plus ancrés qu'auparavant dans le modèle traditionnel de la fille qui sert d'objet sexuel au garçon, et ça, c'est désolant.» Ceci dit, les filles ne sont pas les seules à faire les frais de la porno; les garçons aussi pâtissent de son influence, observe Jocelyne Robert à travers les questions qui lui sont adressées, dans le tiers des cas, par ces derniers. Ils développent d'ailleurs une plus grande dépendance que les filles à son égard. «Les garçons sont plus pressés qu'avant de performer sexuellement. Quand ils ont 15 ou 16 ans, ils disent vouloir un plus gros pénis, bander plus longtemps, et ils ont des modèles de performance irréalistes. Mais ça, ils ne le réalisent pas toujours.»
Ils se sentent aussi angoissés de devoir se conformer à une image traditionaliste de l'homme. «Les garçons ont un modèle précis, ajoute Francine Duquet: ils veulent absolument faire jouir leur compagne, et se disent déçus de leur première relation sexuelle avec une fille si elle n'a pas crié de plaisir!» Et pourtant, ils sont anxieux, eux aussi, de mieux vivre leurs relations avec leurs blondes, souligne Caroline Gauthier. «Ils sont soucieux du plaisir de leur partenaire, mais seulement avec une blonde stable. Dans les relations d'un soir, ça ne paraît pas être une préoccupation.»
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