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La sexualité des adolescents: totalement débridée?
De plus en plus d'adultes paniquent devant l'exposition de leurs ados à la porno. Fausse inquiétude ou réalité préoccupante?
Par Pascale Navarro
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Les diktats du Web Mais n'est-ce pas une bonne chose de permettre à nos ados d'en savoir davantage sur la sexualité au lieu d'entretenir le mystère autour de pratiques marginales, mais réelles? «Je veux bien, répond Jocelyne Robert. Malheureusement, je ne vois pas où est la dimension éducative de cette nouvelle réalité. La disponibilité de l'information en matière de sexualité est doublée d'une pression sociale très forte (touchant particulièrement les filles) qui oblige les jeunes – du moins le ressentent-ils comme cela – à adopter des comportements qu'ils ne désirent pas avoir. On peut bien vanter l'ouverture à la sexualité, mais on se retrouve avec un bien grand problème.»
Ce problème, c'est une exposition prématurée à une sexualité d'adulte, qui provoque une grande confusion chez les ados, souligne Francine Duquet, sexologue spécialiste de l'éducation sexuelle des enfants et des adolescents, et auteure du guide L'éducation à la sexualité dans le contexte de la réforme de l'éducation pour le compte du ministère de l'Éducation. «Ils ne parviennent plus à faire la différence entre le désir, l'amour, la sexualité, poursuit-elle. Ils ne savent pas décoder ce qu'ils voient au quotidien dans la publicité et dans les vidéoclips. Résultat: garçons et filles sont soumis à une forte pression quant à leurs performances sexuelles. Ils pensent qu'ils doivent passer aux actes et reproduire ce qu'ils ont observé de manière à se conformer à l'image qu'on se fait d'eux.»
Francine Duquet ne cache pas son inquiétude par rapport à certains comportements que les jeunes lui ont dit avoir: deux adolescentes qui s'embrassent pour exciter les garçons, des enfants de neuf ans qui jouent au strip-poker, des jeunes qui s'adonnent à l'échangisme dans le sous-sol des parents, etc. À ce propos, elle dénonce le silence des parents qui sont témoins de telles pratiques et n'interviennent pas, ou encore ignorent les questions que suscite la sexualité chez leurs enfants. «C'est notre responsabilité d'adultes d'expliquer aux ados ce qu'ils vont récolter en adoptant de tels comportements. On dirait que les jeunes croient que parce qu'une pratique sexuelle existe, elle est obligatoire. C'est faux! C'est à nous de les mettre en garde; or les parents, souvent, ont trop peur d'être vieux jeu ou de se mettre leurs enfants à dos.»
Cette pression sociale qui inhibe la parole et l'autorité des adultes joue aussi sur les ados. Non seulement ces derniers veulent-ils montrer leur autonomie et leur maturité sexuelle, mais ils veulent aussi se faire aimer et n'hésitent parfois pas à tout faire pour y arriver. Y compris certains actes dont ils ne mesurent pas la gravité, faute de maturité, comme dans l'exemple qui suit. Une jeune fille de 15 ans amoureuse d'un garçon mais trop timide pour l'aborder a imaginé une drôle de façon de lui manifester son attirance. Elle s'est filmée en train de se caresser, puis a envoyé la cassette au jeune homme qui, on le devine, l'a fait circuler dans toute l'école, puis sur Internet. Résultat? La jeune fille a fait une dépression et a quitté son école. «Ce qui me frappe dans cette triste histoire, explique Francine Duquet, c'est que la jeune fille n'ait pas pris l'initiative d'entrer en contact avec le garçon en lui parlant ou en lui écrivant. Et que le garçon en question n'ait pas eu le réflexe de venir voir son admiratrice pour lui rendre sa cassette vidéo. Pourquoi ne sont-ils pas capables de se parler? La jeune fille a-t-elle seulement réalisé où pouvait la mener cette cassette? A-t-elle compris que son corps et son intimité étaient désormais exposés à tous jusqu'à la fin de ses jours, et qu'elle a perdu quelque chose de sa vie privée?»
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