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La sexualité des adolescents: totalement débridée?
De plus en plus d'adultes paniquent devant l'exposition de leurs ados à la porno. Fausse inquiétude ou réalité préoccupante?
Par Pascale Navarro
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L'âge des questions Jocelyne Robert fait office de référence en matière de sexualité adolescente. Elle est l'auteure du livre Full sexuel – La vie amoureuse des adolescents (Éd. de l'Homme), qui représente en quelque sorte une solution de remplacement aux sites pornos, où nombre de jeunes vont présentement chercher des réponses à leurs questions et satisfaire leur curiosité naturelle.
La sexologue a mis son adresse électronique dans son livre sans trop savoir si ses lecteurs allaient lui écrire. Depuis, elle a reçu des centaines de questions d'adolescents anxieux. «C'est à partir de ces messages que je me suis aperçue qu'ils étaient très angoissés au sujet des pratiques et des relations sexuelles, de ce qui est normal ou pas, de ce qu'il faut faire ou pas, confie-t-elle. C'est là qu'on voit de façon évidente que leur sexualité est influencée par la consommation de pornographie.»
Le fait que les jeunes se posent des questions sur la sexualité n'étonne personne. C'est bien le propre des adolescents que d'être curieux, en particulier au sujet du sexe. À preuve, le sondage effectué en 2002 par Tel-jeunes (ligne d'écoute téléphonique destinée aux enfants et aux ados) nous apprenait que 26,1 % des questions traitées portaient sur la sexualité, positionnant le sujet au premier rang des préoccupations de sa clientèle.
En fait, l'inquiétude des adultes est davantage causée par la disponibilité exponentielle de la pornographie sur le Web et des modèles qu'elle véhicule – sadomasochisme, nécrophilie, gangbang (une femme a des relations sexuelles avec de multiples partenaires à la fois), zoophilie, bondage (pratique sadomasochiste où un des partenaires est attaché), etc. Autre source d'appréhension et fait de plus en plus courant: bien des enfants découvrent la sexualité dans Internet.
Fini, le romantisme des premières amours: c'est le sexe cru qui leur sert alors d'initiation. «Une étudiante du secondaire m'a déjà dit: “Mais, madame, si ce n'est pas dans Internet, où est-ce qu'on va apprendre des choses sur la sexualité?”» rapporte Caroline Gauthier, infirmière auprès d'élèves du secondaire. Nombre d'ados saturés de campagnes de prévention (antisida, anti-MTS, anti-avortement) aimeraient en effet qu'on leur parle un peu moins de sexualité «médicalisée» et un peu plus de plaisir et de pratiques sexuelles. «Il faut absolument que les parents ou des adultes de confiance renseignent les enfants, sinon c'est évident qu'ils vont se tourner vers la première source d'information disponible, et Internet est accessible à tous les jeunes qui sont branchés.»
Depuis quelques temps, l'infirmière (qui ne rencontre qu'une partie des élèves, et ce, en situation d'urgence) dit observer des changements quant à leurs questionnements. «Je me fais par exemple demander ce qu'est la nécrophilie, et si les she-male (transsexuels) existent vraiment. Il est aussi arrivé qu'un garçon me demande s'il pouvait adopter avec sa blonde une pratique douteuse qu'il avait vue sur un site pornographique. Je lui ai répondu que ce n'était pas une pratique saine, qu'il ne s'agissait pas d'un comportement normal. Mais pour un garçon qui vient me voir, combien ne se posent pas la question et passent aux actes?» «Ce n'est pas la pornographie qui est mauvaise en soi, constate Jocelyne Robert. Le problème, c'est que les adolescents sont en contact avec des contenus (fantasmes, pratiques, information) qu'ils ne sont pas en âge de comprendre et d'assimiler. Ils s'interrogent sur des fantasmes d'adultes tels que l'amour à plusieurs, ou encore la bestialité, et se projettent, à 10 ou 11 ans, parfois encore plus tôt, dans des comportements qu'ils ne sont pas à même de saisir.»
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