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La dépression, le mal du siècle?
Maladie de société dont on parle depuis plusieurs décennies, la dépression frappe encore. Elle touche même de plus en plus de gens. Pourquoi?
Par Pascale Navarro
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Photo: Anouk Lessard
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E n 2020, la dépression constituera la première cause d'invalidité au travail, déclarait il y a deux ans l'Organisation mondiale de la Santé dans un rapport alarmant. À l'hiver 2005, IMS (Canada), un organisme spécialisé dans l'information sur la santé, révélait que la consommation d'antidépresseurs a augmenté de 104 % au pays en quatre ans et que le nombre de consultations pour des problèmes de dépression a grimpé de 60 % entre 1995 et 2003. En fait, cette maladie constitue aujourd'hui le problème que les psychologues canadiens, voire occidentaux, traitent le plus fréquemment. Est-elle devenue endémique?
Épidémie de burnout Pour Marie-Claude Lamarche, psychologue en entreprise – un environnement où se produisent une grande partie des dépressions et des burnout –, la situation est très critique. «J'observe, – et je ne suis pas la seule psychologue à le signaler –, une augmentation inquiétante du nombre de dépressions et particulièrement de burnout, un problème qui peut mener à la dépression s'il n'est pas soigné.» Il y a 15 ans, se souvient-elle, il n'y avait pas autant de gens en burnout ou en dépression qu'aujourd'hui.
Or, on connaît bien la raison principale de cette maladie en milieu de travail: c'est le stress. «L'humain est programmé pour pouvoir répondre au stress cinq fois par semaine, poursuit la spécialiste. Pendant cette épreuve, notre corps est totalement engagé dans un combat pour réagir à la menace, et ce combat est extrêmement exigeant et vidant. Quand notre corps est sollicité non plus 5 fois par semaine, mais 50 fois par jour, notre système est sans cesse mis à l'épreuve. Or, sur le plan physiologique, il nous est impossible de survivre à un stress chronique. Voilà pourquoi les gens craquent, une réaction qui devrait nous rassurer, car elle montre que nous sommes encore humains!»
De nos jours, le stress est un mal répandu dans les milieux de travail où les tâches sont de plus en plus nombreuses pour un seul individu, sans compter la difficulté pour un grand nombre de personnes de concilier vie familiale et vie professionnelle. «Ce qui a le plus changé depuis mes débuts, dit Marie-Claude Lamarche, c'est qu'on ne fait plus de prévention. Il y a 10 ou 15 ans, les entreprises mettaient sur pied des programmes d'aide aux employés dans un contexte préventif.
Aujourd'hui, ces mêmes programmes sont utilisés de façon curative, c'est-à-dire quand il est trop tard et que la personne doit partir en congé de maladie.» Auparavant, ajoute la psychologue, on agissait pour éviter que les problèmes qu'un employé éprouve dans sa vie personnelle «contaminent» le milieu de travail. «Actuellement, dit-elle, c'est exactement le contraire: on doit intervenir en milieu de travail pour ne pas que les problèmes de burnout affectent à la fois l'individu et sa famille.» Pourquoi les entreprises tardent-elles tant à détecter le mal-être de leurs employés? «Parce que les programmes d'aide coûtent cher, explique Marie-Claude Lamarche, et que si l'on détecte trop de dépressions ou de burnout, les assurances collectives de ces entreprises deviendront hors de prix. On préfère donc se cacher la tête dans le sable. Nous sommes plusieurs à trouver que la situation en milieu de travail est catastrophique...»
Des compagnies plus visionnaires prennent néanmoins la dépression au sérieux. La Fondation des maladies mentales, qui intervient auprès des jeunes du secondaire et des entreprises, a ainsi implanté le programme de prévention «Ça me travaille» dans certaines équipes de la Banque Nationale. «Ce programme procure aux employés de l'information sur la dépression, explique Suzanne Paiement, directrice de la section Avantages sociaux à la Banque Nationale. Il les sensibilise aux signes avant-coureurs qu'ils peuvent présenter eux-mêmes ou reconnaître chez leurs collègues et leurs amis. Les employés sont donc mieux informés et plus enclins à aller chercher de l'aide avant que la situation se complique.»
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