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Du cellulaire à Facebook, tout à changer... même nos amours

Les nouvelles technologies sont en train de transformer notre façon de vivre, nos émotions et nos relations, soutient le psychiatre Serge Tisseron. Explications.

Par Marie-Andrée Lamontagne

Photo: Istock.com

Le virtuel au quotidien? C'est le film qu'on regarde sur son téléphone portable en prenant le métro. C'est 150 amis dans Facebook. C'est la drague entre avatars dans Second Life, avec demande en mariage ou viol à la clé. Ce sont les confidences faites à la webcam, comme si on pouvait tout dire en public. Ce sont des courriels de rupture envoyés à la terre entière, sauf au principal intéressé. C'est le Taj Mahal, en Inde (ou la Grande Muraille de Chine), visité d'un simple clic. C'est un adolescent fragile, poussé au suicide par les jeux d'intimidation cruels de milliers d'internautes anonymes. C'est le prédateur sexuel qui s'invite dans les chats entre jeunes.

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Les nouvelles technologies offrent le meilleur et le pire... mais elles ont surtout changé nos vies. Dans Virtuel, mon amour (Albin Michel), le psychiatre français Serge Tisseron estime que leur arrivée a eu pour effet de marquer une rupture entre le monde d'avant (en gros, celui qui a précédé les années 80) et le monde d'aujourd'hui. Avant, on se mettait à l'écart pour passer un coup de fil. Maintenant, tous les passants dans la rue peuvent entendre une fille raconter sa soirée de la veille à sa grande copine. Avant, la drague se pratiquait dans les bars ou à la terrasse des cafés. On tombait amoureux. On apprenait à connaître son prince charmant. Puis, le temps faisait le reste. Maintenant, on écume les profils sur RéseauContact. On multiplie les courriels et les SMS. On se raconte sa vie, réelle ou fantasmée. Et c'est seulement après tout ça qu'on se donne un premier rendez-vous au café.

Cependant, combien de couples, trompés par la facilité d'Internet, où les confidences sont allées très vite, ne connaissent pas les mots ou les gestes qui permettent de s'apprivoiser dans la vraie vie?

Dans son essai, Serge Tisseron donne de nombreux exemples de nouveaux comportements. De nos jours, les adolescents n'ont même plus à sortir de leur chambre pour «être» avec leurs amis. Le virtuel a aussi changé les règles de politesse. Dans les chats ou les forums de discussion, chacun dit ce qu'il pense sur-le-champ et se débranche d'un simple clic quand il en a envie, caché derrière une identité d'emprunt. C'est le règne de l'instantané.




Jamais sans mon ordi

En réalité, c'est notre rapport avec les objets qui a changé. «Dans l'histoire de la technologie, explique le psychiatre en entrevue, il y a eu une première époque où l'objet était un outil servant à augmenter le pouvoir d'un organe du corps humain. C'est ainsi que le marteau a été inventé parce qu'il permettait de frapper plus fort qu'avec la main seule. Une deuxième époque a fait de l'objet une projection de nous-mêmes. On frottait sa voiture pour qu'elle soit belle et admirée des autres comme on aurait voulu soi-même être admirés. On est maintenant entrés dans une troisième époque, où les objets de la technologie sont des partenaires à part entière.»

C'est vrai: qui voudrait se séparer de son ordinateur ou de son iPod? Combien de gens se sentent abandonnés quand ils perdent leur téléphone ou, pire, quand ils se trouvent dans quelque coin perdu sans connexion Internet et qu'ils ne peuvent consulter leurs courriels? Du coup, ces objets technologiques, estime Serge Tisseron, ne sont plus des outils. Ils sont devenus des partenaires. On s'attache à eux. Contrairement aux humains, ils ne seront jamais décevants, croit-on. Grâce à Internet, on communique avec les autres quand on en a envie, tout en gardant nos distances, souvent bien cachés derrière une identité d'emprunt. Dans Second Life, on se fabrique un avatar qui est une projection idéalisée de nous-mêmes et qui mène sa vie comme on l'entend. Or, l'existence de l'avatar est souvent bien plus excitante que le traintrain quotidien de son créateur. Internet, le téléphone portable ou les chats offrent en somme la distance idéale: jamais trop près, jamais trop loin. Surtout, on maîtrise la situation, puisqu'il suffit de se débrancher quand on en a assez du jeu.

C'est une illusion, bien sûr. «Et plus on croit être aux commandes, ajoute Serge Tisseron, plus on est déçus quand on découvre que ce n'est pas le cas. Un peu comme ces parents qui offrent un téléphone portable à leur enfant pour qu'il les tienne au courant de tous ses déplacements. Bien sûr, les choses ne se passent pas comme prévu. L'enfant n'appelle pas toujours pour dire où il est. La difficulté, c'est qu'on recourt à la technologie pour résoudre des problèmes qui ne sont pas d'ordre technologique, mais existentiel.»
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1. Jamais sans mon ordi
2. L'angoisse de séparation

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