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Cancer: quand un proche est atteint
Un diagnostic de cancer ne bouleverse pas seulement la vie du malade. Celle des proches se trouve aussi affectée. Comment arriver à surmonter cette épreuve?
Par Marie-Claude Fortin
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Il y a deux ans, Louise faisait la rencontre de François, un homme calme et rassurant, comme le sont souvent ceux qui pratiquent les médecines douces. Au printemps 2003, elle lui confie son envie d'emménager avec lui. Mais avant même qu'elle ait commencé à vider ses armoires et à remplir ses cartons, le résultat de sa récente mammographie lui arrive comme une droite au coeur: cancer du sein.
Louise a 48 ans. Sa carrière dans le milieu du spectacle est soudain mise en veilleuse. Son projet de vivre avec son amoureux se précipite. Il faut faire vite: le cancer est assez avancé. C'est une Louise bien mal en point que François accueille dans sa maison début juin. «Je commençais une longue série de traitements de chimiothérapie, raconte-t-elle. Pas besoin de préciser que les boîtes de déménagement ont traîné longtemps.»
Le couple a vu sa relation amoureuse changer brutalement à cause de la maladie. François avait connu une Louise resplendissante, il allait vivre pendant des mois avec une femme malmenée par le cancer. Il avait été l'amoureux et l'amant, il allait devenir «l'aidant naturel», comme on dit dans les milieux hospitaliers. «Ça n'a pas remis notre relation en question, assure François. Quand on aime quelqu'un, c'est au moment où tout va mal qu'il faut être présent. N'empêche, la période des traitements de chimiothérapie a été très, très dure. Voir Louise diminuée, amaigrie, sans cheveux s'est révélé extrêmement pénible. Toutes les femmes qui font de la chimio finissent par se ressembler. Elles sont comme des condamnées, c'est terrible!»
Le grand bouleversement Comment affronter la maladie d'un proche? La peur de le perdre? Ses souffrances physiques? «Il n'y a pas de réponse unique», déclare Francine Gravel, psychothérapeute et conseillère aux programmes de soutien affectif à la Société canadienne du cancer. «Il est certain que lorsque la maladie prend toute la place, la relation amoureuse est mise de côté; la libido est souvent à zéro. On favorise alors la communication entre conjoints, on les invite à explorer d'autres manières de s'aimer tout en respectant les limites de la personne malade. C'est pour eux l'occasion de développer un nouveau type de relation fait de tendresse et de sensualité.
En ce qui concerne l'entourage de la personne atteinte, poursuit la psychothérapeute, il doit éviter les remarques du genre: “Tu vas t'en sortir, tu es forte!” Les gens souffrant de cancer sont fatigués d'entendre ça. Ils interprètent ces commentaires comme une façon d'éviter de parler de la maladie, alors que ce dont ils ont besoin, c'est communiquer leurs inquiétudes et leurs peurs.»
Il est vrai que le cancer bouleverse complètement la vie de couple, confie Pierre Monette, qui apprenait à l'automne 2002 que sa conjointe Diane était atteinte d'une forme particulièrement virulente de cancer du poumon. Il avait 45 ans, elle en avait 50. Ils étaient ensemble depuis 15 ans. «Je ne suis pas repoussé le moins du monde par la nouvelle allure que développe son corps», écrit cet auteur, journaliste et professeur de littérature dans les pages du journal qu'il a rédigé tout au long de la maladie, «mais la relation que nous entretenons désormais, cette obligation que j'ai de glisser dans son intimité [...] crée une confusion entre le désir et le soin, entre l'envie de me coller contre elle, de la caresser, de la pénétrer, et le besoin de la protéger, de lui rendre la vie plus facile, de la soigner [...]. À vivre trop exclusivement la relation malade-infirmier qui, par la force des choses, est devenue la nôtre, ajoute-t-il plus loin, les rôles se mettent à nous écraser, à teinter tous nos rapports.»
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