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Sciences : où sont les femmes?

Pourquoi les filles, si douées à l'école, sont-elles si rares à se consacrer à la recherche? Enquête sur la difficile équation femmes-sciences.

Par Laurence Pivot

La science au féminin

Malgré tout, les femmes font petit à petit leur chemin dans l'univers impitoyable de la science. En 1975, au Québec, elles ne représentaient par exemple que 1,6 % des profs d'informatique à l'université. En 2000, elles étaient plus de 15 %.


Une progression remarquable, mais pas suffisante pour classer le Québec dans le peloton de tête des pays où les femmes jouent un rôle considérable en sciences. Ainsi, le Portugal compte une majorité de mathématiciennes, l'Inde, d'informaticiennes, et l'Amérique latine, de docteures en sciences et technologies, dans une proportion de 60 %. Les raisons de ces disparités géographiques ne sont pas très claires; elles prouvent néanmoins que,
lorsqu'on leur en donne l'occasion, les femmes s'intéressent à la science et peuvent être bonnes.


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Peuvent-elles changer le domaine scientifique pour autant? «Quand il s'agit de résoudre une équation, il n'y a pas de différence dans la façon de faire d'un sexe ou de l'autre, dit Claire Deschênes. La différence s'observe davantage dans la manière d'organiser son travail et surtout dans le choix des sujets d'études.» En médecine, notamment, la plupart des recherches semblent encore ignorer le fait que les femmes ont un métabolisme et une physiologie différents de ceux des hommes! Interviewée dans la Gazette des femmes, l'ingénieure Monique Frize, qui prépare un livre sur l'histoire des femmes en sciences, donne l'exemple des travaux évaluant l'effet du café sur le cœur: «Elles n'ont été faites que sur des cobayes masculins, comme la plupart des études qui concernent uniquement des hommes blancs de 70 kilos!»


Les femmes sont naturellement portées à s'intéresser à des thèmes les touchant de plus près, tels que la ménopause, les hormones féminines ou encore les relations mères-enfants. C'est d'ailleurs ce dernier sujet qui a permis à des chercheuses comme Jane Goodall ou la célèbre Dian Fossey de faire grandement avancer les connaissances sur les grands singes, explique Anne E. Russon, primatologue à l'Université York, en Ontario. «C'est aussi parce qu'elles sont plus patientes que les hommes et acceptent de passer beaucoup de temps en observation sur le terrain. Enfin, une femelle humaine n'étant pas considérée comme une rivale par les mâles, elle est mieux acceptée par les primates, ce qui est un gros avantage pourl'observation.»


Intuition, organisation, patience, minutie, autant de qualités dites féminines, mais dont les femmes n'ont pas le monopole, seraient donc des atouts spécifiques dont les hommes et la science auraient bien tort de se priver. «Chez L'Oréal, des femmes œuvrent dans tous les domaines de recherche, renchérit Isabelle Walter, directrice des communications en recherche scientifique, et nous avons remarqué que les équipes à la fois multidisciplinaires, internationales et composées de chercheurs des deux sexes étaient les plus créatives.»
Le poète Aragon croyait que la femme était l'avenir de l'homme. Peut-être sera-t-elle aussi celui de la science. Mesdames, à vos éprouvettes!




Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC

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