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Sciences : où sont les femmes?
Pourquoi les filles, si douées à l'école, sont-elles si rares à se consacrer à la recherche? Enquête sur la difficile équation femmes-sciences.
Par Laurence Pivot
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Avez-vous la bosse des maths?
Tout commence par les mathématiques. À la petite école, on apprend d'abord à compter et, pour bon nombre d'entre nous, c'est le début du cauchemar. Passé le stade addition-soustraction-multiplication-division, certaines bloquent à tout jamais. Mais on leur dit souvent que c'est normal, car elles ne l'ont pas. Elles n'ont pas quoi? La bosse des maths, bien sûr! Quelques-unes sont en réalité soulagées de n'être pas responsables de ce que la nature ne leur a pas accordé et deviennent sans aucun scrupule des «littéraires». Ce qui reste dans l'ordre des choses puisque les préjugés veulent que les filles soient «naturellement» moins douées que les garçons en la matière. «Si un garçon est mauvais en maths, c'est qu'il ne fait pas d'efforts, mais si une fille est mauvaise, c'est qu'elle n'est pas capable. Vous voyez la différence de perception? Les filles elles-mêmes véhiculent encore ce genre de préjugés», affirme Louise Lafortune qui croit que le clivage des sexes dans le domaine des sciences est largement conditionné par la société.
En 1998, une étude du ministère de l'Éducation du Québec ne relevait au secondaire aucune différence en maths ni en sciences entre les résultats des filles et des garçons. Pourtant, à l'université, les filles sont moitié moins nombreuses à choisir un programme de sciences dites dures (maths, informatique, génie mécanique, physique, etc.). «C'est parce que beaucoup de parents et de professeurs ne “poussent” pas vraiment les filles dans ces matières-là. On les préfère infirmières à médecins, esthéticiennes à ingénieures...», poursuit la chercheuse. Lorsqu'elles choisissent le domaine scientifique, elles se dirigent d'ailleurs majoritairement vers ce qu'on appelle les sciences molles (psychologie, sociologie, anthropologie, etc.). Que la raison soit une «inclination naturelle» ou le résultat d'un conditionnement social – éternel débat sur la nature féminine –, le constat demeure.
«Les femmes préfèrent effectivement les sciences de la vie qui touchent directement à l'humain et à son environnement», confirme Jennifer Thomson, spécialiste de la biologie moléculaire à l'université du Cap, en Afrique du Sud, rencontrée à Paris où elle était l'une des lauréates 2004 du prix L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science. Cas unique dans l'industrie, L'Oréal, numéro un mondial de la cosmétique, emploie 2 900 chercheurs dont plus de la moitié sont des femmes. Depuis 1998, la multinationale s'est associée à l'UNESCO pour offrir des bourses à des chercheuses du monde entier. Une initiative parmi d'autres pour promouvoir les carrières scientifiques auprès des femmes et les encourager à suivre cette voie. Au Québec, l'Association de la francophonie à propos des femmes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (AFFESTIM) a été créée en 2003 pour instaurer des stratégies innovatrices et un programme de mentorat dans ce sens. Différentes bourses sont aussi offertes dans le même but. Bref, toute une panoplie d'initiatives se met en place pour pallier le déficit de la gent féminine en sciences... et pour combattre les préjugés.
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