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Je suis tombée amoureuse d'un prêtre

C'est pendant son adolescence qu'Anne a rencontré Philippe, un aumônier qu'elle épousera 12 ans plus tard.

Photo: Travis Himes/Istock

Nous nous sommes mariés civilement en décembre 1965. J'avais 26 ans, il en avait 14 de plus. Jusqu'à ce jour, nous ne nous étions vus que quatre ou cinq fois peut-être, mais cette union allait de soi. Nous étions faits l'un pour l'autre. Nous nous connaissions très bien et, quand nous avons emménagé ensemble, la cohabitation s'est déroulée très naturellement.

Comme Philippe ne voulait pas vraiment rester en France et qu'il avait de la famille au Québec, nous sommes venus nous installer ici immédiatement après notre mariage. Au cours des années suivantes, nous avons alterné le travail et les études, à tour de rôle. Philippe était enseignant et il avait un succès monstre comme prof. Il faut dire que c'était un excellent pédagogue et qu'il avait une personnalité de séducteur. Il avait un nombre incalculable d'amis, et notre maison était noire de monde en permanence.


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des ordres et avait écrit à son évêque à ce sujet. Quelques mois après notre arrivée, nous avons reçu la fameuse lettre le relevant de son vœu de célibat. Nous avons alors pu nous marier à l'église, même si moi, je n'avais été relevée de rien. L'Église, Philippe y tenait. C'était sa communauté, même s'il était en colère contre elle parce qu'elle ne lui permettait plus de poursuivre ses fonctions en raison de son mariage. Son ami Denis, lui, s'était fait pasteur. Il s'était converti pour continuer d'exercer ce pourquoi il avait été formé et ce en quoi il croyait.

Notre vie conjugale a été un immense bonheur... de courte durée. Sept ans plus tard, Philippe glissait sur une plaque de glace. On a dû l'opérer. Je le revois encore pendant sa convalescence casser la glace pour éviter que la gardienne des petits – nous avions trois enfants – ne tombe. Puis ça a été fulgurant. Déchirure, hémorragie interne, embolie: en deux jours, il était parti. Le médecin ne savait pas trop comment m'annoncer la nouvelle, d'autant plus que j'étais enceinte de cinq mois. Le jour de son enterrement, le soleil brillait sur un champ de neige éblouissant de lumière. J'étais devant, seule, avec mon gros ventre. Derrière moi, il y avait un autobus bondé d'étudiants venus le saluer.

Aujourd'hui, ça fait plus de 30 ans que Philippe est mort. Mais il est toujours là, à mes côtés. Je n'ai jamais accepté sa mort. On appelle ça faire son deuil, paraît-il. Il faut croire que je ne l'ai pas fait. Déjà, lorsque j'étais très jeune, je me demandais ce qu'il penserait ou ce qu'il ferait dans telle ou telle situation. Je n'ai jamais cessé de me poser ces questions, même quand j'ai eu d'autres compagnons dans ma vie. Car ça a été lui, l'homme de ma vie. J'ai toujours agi en fonction de ses valeurs, en essayant d'être digne de lui. Je ne saurais faire autrement.

PROPOS RECUEILLIS PAR KENZA BENNIS




Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC

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