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Je suis tombée amoureuse d'un prêtre
C'est pendant son adolescence qu'Anne a rencontré Philippe, un aumônier qu'elle épousera 12 ans plus tard.
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Photo: Travis Himes/Istock
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Pendant tout ce temps, je correspondais avec Philippe. C'était mon directeur de conscience. Je lui parlais de tout, à cœur ouvert. De ma vie spirituelle, bien sûr, mais aussi de mon quotidien, de mes questionnements; je me rappelle même lui avoir confié mes premiers émois de jeune fille! De son côté, il me répondait tout aussi régulièrement, avec son bon sens et son pragmatisme habituels. À mes yeux, c'était un confident, un bon ami en qui j'avais une confiance totale. C'est tout.
Cela dit, il devait bien y avoir quelque chose de plus... que les autres percevaient. Par exemple, les sœurs avec lesquelles je travaillais m'ont un jour interdit de lui écrire. Et lorsque j'ai annoncé notre mariage à ma mère, celle-ci m'a avoué avoir pressenti que notre relation n'était pas uniquement amicale.
J'ai passé sept ans dans cette communauté, que j'ai finalement quittée avec quelques autres collègues. Il me semblait que j'avais fait le tour de la question. Le lavage de cerveau quotidien que nous subissions et la paranoïa ambiante me pesaient tout autant que l'importance qui était accordée à la virginité. C'est d'ailleurs cette obsession de la virginité qui a fait déborder le vase. J'ai ramassé le peu d'effets personnels que je possédais et j'ai claqué la porte. De toute façon, je sentais bien que je ne serais jamais une ouvrière comme les autres. Alors, autant vivre autrement.
Je me suis installée avec deux autres filles de la communauté dans un minuscule appartement et j'ai poursuivi les études supérieures que j'avais entamées lorsque j'étais religieuse. Allions-nous changer de communauté religieuse ou rompre définitivement avec ce milieu? Et si nous rompions, qu'avions-nous l'intention de faire? C'est ce à quoi nous réfléchissions.
C'est à ce moment que j'ai repris avec plus d'assiduité ma correspondance avec Philippe et que j'ai commencé à m'attacher à lui. En fait, les choses ont très vite pris une tournure différente. Quelques mois après avoir quitté la communauté religieuse, j'ai réalisé que ce genre de vie ne me convenait plus, ce qui n'était pas le cas de mes colocataires. J'ai donc redéménagé, seule cette fois, dans une chambre de bonne, au septième étage d'un immeuble parisien. Je me souviens d'ailleurs très bien de la cabine téléphonique située en bas de cet immeuble. C'est de là que j'appelais Philippe.
Nous nous écrivions de plus en plus souvent, nous nous parlions au téléphone et, au bout de quelques mois, je me suis rendu compte à quel point il comptait pour moi. Nous nous sommes revus une autre fois, et je lui ai avoué ma flamme. Chose curieuse, il n'y a eu aucune résistance de sa part. J'imagine que le fait que son meilleur ami, également prêtre, ait quitté les ordres pour se marier, a pesé dans la balance. Cet ami-là, Denis, était bien plus entier et idéaliste que Philippe. Qu'il ait abandonné la prêtrise a dû vraiment déstabiliser Philippe.
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