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Je détestais la fille de mon chum!

Julie avait hâte de faire connaissance avec la fille de son nouvel ami... jusqu'à ce qu'elle la rencontre.

Illustration: Annick Poirier/ Colagene.com

Pendant plusieurs jours, ç'a été le silence radio entre nous. Puis, Vincent a tenté de me joindre. Je n'ai répondu à aucun de ses appels ni de ses courriels. J'ai pris la fuite. Comment dire à l'homme de sa vie qu'on ne supporte pas son enfant? Comment aborder le sujet avec des copines sans passer pour un monstre? Après des jours et des nuits blanches de questionnement et d'autoflagellation, j'ai eu besoin de comprendre ce qui m'arrivait. J'ai donc consulté un psy. Alternant entre la confusion, la honte, la rage et... la boîte de kleenex, j'ai commencé à me demander pourquoi je détestais tant Laurence.

J'ai erré quelque temps avant d'appréhender une certaine vérité. Et de comprendre qu'au fond ce n'était pas la petite Laurence qui était en cause, mais ce qu'elle représentait à mes yeux. En fait, elle incarnait la petite fille qu'on m'a toujours interdit d'être: la princesse qu'on adore, qu'on applaudit. La fillette charmante, qu'on trouve jolie, qu'on câline, qu'on protège. Sans vouloir jouer à la victime, je me rappelle très bien que, enfant, j'étais plutôt celle qui ne trouve jamais grâce aux yeux de son père – un homme froid, exigeant et autoritaire.

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J'avais intérêt à réprimer mes envies pour obéir et me fondre dans le décor sans jamais attirer l'attention sur ma petite personne. Je n'avais qu'un seul mot d'ordre: exister le moins possible. Et c'est ce que j'ai fait, avec plus ou moins de succès. En thérapie, quand j'ai levé le voile sur cette vieille souffrance, j'ai pleuré, pleuré, pleuré. Aujourd'hui, avec le recul, je réalise que mon aversion initiale pour Laurence m'a permis de faire le deuil de la petite fille en moi qui ne demandait qu'à être aimée...

Les mois ont passé, sept exactement. Je me sentais allégée, libérée. Mais voilà, Vincent me manquait atrocement. Un jour, n'en pouvant plus, j'ai tenté un rapprochement. C'est à peine s'il m'a parlé au téléphone. J'ai attendu quelques jours et je me suis rendue chez lui. Il était là, devant moi, absent. J'ai insisté pour lui expliquer ce qui s'était passé. Et j'ai tout avoué, d'un trait. Il m'a écoutée jusqu'au bout. Il a pris mon visage dans ses mains et m'a dit, très doucement, à quel point cette histoire le bouleversait. Et que, malgré ce qui s'était passé avec Laurence, je lui manquais et qu'il m'aimait.

Après ce tête-à-tête, on a décidé de se donner une deuxième chance, sans rien forcer ni précipiter. À la condition expresse, toutefois, que je réapprivoise Laurence.

Évidemment, les retrouvailles avec elle n'ont pas été faciles. Il y a eu de la résistance de sa part; par exemple, elle m'ignorait à mon arrivée ou refusait de m'embrasser quand je repartais. J'étais parfois agacée lorsqu'elle faisait des caprices, mais je respirais un bon coup et ça allait. Ça allait même de mieux en mieux. Soirées à la maison devant un bon film, excursions en plein air, batailles d'oreillers mémorables: nos échanges ont progressivement gagné en tendresse et en fous rires...

La petite fête d'amis que j'ai organisée en secret pour son huitième anniversaire a été le point culminant de notre rapprochement. Laurence m'a sauté dans les bras, et moi je pleurais de joie devant un Vincent ému.

Il a fallu plus d'un an avant qu'on retrouve l'harmonie et qu'on emménage tous ensemble dans une jolie maison. L'an dernier, j'ai cessé ma thérapie, je me sentais plus proche de Laurence que jamais. Je l'avoue, elle ne ressemblait pas à l'enfant que j'avais toujours rêvé d'avoir. Mais à bien y réfléchir, Laurence est beaucoup mieux que ça: elle est la petite fille que j'avais besoin d'aimer.



Propos recueillis par Manon Chevalier



Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC


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