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J'ai retrouvé mon premier chum après 15 ans
Laurence avait 15 ans quand elle est tombée amoureuse de François. Pourtant, ce n'est qu'à 32 ans qu'elle a vraiment pu vivre cette relation.
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François a été mon premier grand amour. À l'époque où je l'ai rencontré, j'avais 15 ans, et lui, 22. Quand je l'ai aperçu, ç'a été comme si je voyais un homme pour la première fois. Je le trouvais beau, fort, sensible, et tout ce qu'il disait me fascinait. C'était l'homme de ma vie! Lui aussi m'a tout de suite remarquée, et on est devenus amis. À cause de notre différence d'âge, il se retenait de me dire qu'il m'aimait. Comme on était tous les deux très timides, il ne s'est rien passé à ce moment-là. On s'embrassait et on dormait ensemble, c'est tout. Notre relation était platonique. On s'écrivait pendant la semaine et on se voyait chaque week-end à Rouyn-Noranda.
Quelque temps après, François est parti travailler un an à Montréal. Pendant cette période, je suis allée le voir à peu près toutes les six semaines, à l'insu de mes parents. Ils connaissaient François, sans savoir exactement quel lien nous unissait. Deux jours avant mon bal de cinquième secondaire, il est revenu vivre en Abitibi, et c'est lui qui a été mon cavalier. C'était très romantique! À l'automne, je suis partie à mon tour vivre à Montréal pour mes études. Durant cette période, on s'est très peu vus, mais on est devenus amants. Pourtant, même à cette époque-là, on ne s'est jamais dit qu'on s'aimait. Et puis, peu à peu, on a perdu contact. J'ai rencontré d'autres gens, et lui aussi; puis, on a arrêté de s'écrire et de se voir.
On s'est complètement perdus de vue pendant plus de 10 ans. Je savais qu'il habitait quelque part en Abitibi avec sa blonde, et il savait que j'étais à Montréal. On ne cherchait pas à se retrouver. J'avais fait le deuil de François, même si, pendant toutes ces années, il est toujours resté dans mon jardin secret.
Je me suis mariée beaucoup trop jeune, à 18 ans. Au Palais de justice, quand j'ai dit «oui», je me souviens de m'être demandé: «Est-ce que je fais le bon choix?» Même si mon mari ne m'a jamais frappée, il faisait preuve de violence verbale envers moi. Je n'étais jamais à la hauteur de ses attentes; il me rabaissait constamment. Un jour, il a détruit les lettres de François, que j'avais gardées... Pourtant, je ne regrette pas ce mariage difficile. J'imagine qu'il fallait que je passe par là pour apprendre quelque chose, pour découvrir mes forces et mes faiblesses. Quand j'ai divorcé, à 21 ans, mon estime personnelle était au plus bas. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à me rebâtir.
J'ai eu ma période «mère Teresa». J'aidais mon prochain plus que moi-même, et je faisais passer les autres avant moi. J'ai accompli de très belles choses pendant ces années-là, mais je n'étais pas à l'écoute de mes besoins. Ça m'a menée à un burnout. Il a fallu que je prenne du recul et du repos pour rebâtir ma confiance en moi. Je me suis dit: «Tant que je ne serai pas bien avec moi-même, je ne pourrai pas être en harmonie avec quelqu'un d'autre, même si c'est l'homme de ma vie, comme François.»
Pendant sept ans, j'ai été une sorte d'ermite. J'ai eu très peu d'amants, pour une nuit ou deux, jamais plus. Je méditais plusieurs heures chaque jour, ce qui a permis à beaucoup de mes blessures intérieures de guérir. Durant ce temps, François restait la petite flamme me permettant de croire que quelqu'un pouvait m'aimer. Comme il avait été le premier homme à prendre soin de moi, il était devenu une référence à mes yeux. Quand je rencontrais quelqu'un, je le comparais toujours à lui. Dans mon esprit, il était resté semblable à l'image idéalisée que je m'en étais faite à 15 ans.
J'ai longtemps été célibataire. Tout l'amour que j'avais à donner se déversait sur mes deux chats. Quand ils sont morts, l'un à la suite de l'autre, je me suis sentie très seule. J'ai donc reporté mes sentiments sur la personne que je voyais le plus souvent: mon vétérinaire! Lorsque mon corps m'a dit: «Tu as besoin d'aimer et d'être aimée», cet homme-là a reçu ce trop-plein d'amour comme une bombe au visage. Je lui ai fait peur, évidemment, et il ne s'est rien produit. Toutefois, il a réveillé en moi l'envie de vivre pleinement. Peu de temps après, j'ai pris la décision consciente de sortir de mon isolement. C'est bien beau, l'évolution personnelle, mais quand on émet soi-même les questions et les réponses, on finit par tourner en rond. On a besoin d'être confronté à l'Autre.
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