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Cancer du sein: un bilan encourageant

Chaque année, des milliers de Québécoises sont touchées par cette maladie. Pourtant, les médecins sont confiants. Le point sur les dernières découvertes.

Par Marie-Andrée Lamontagne

DES TRAITEMENTS PERSONNALISÉS
C'est ce qu'a appris Anna en 2001, lorsqu'elle s'est aperçue qu'elle avait une bosse dans son sein droit. S'ensuivent une mammographie puis une biopsie, toutes deux rassurantes: ce n'est qu'une glande enflée, qu'il faut enlever. C'est seulement sur la table d'opération que le mal se révèle dans toute sa gravité: Anna souffre d'un cancer du sein de type agressif, avec tumeur «envahissante». À un an d'intervalle, elle a dû subir deux mastectomies. Elle n'a pas eu de chimio, mais plutôt un traitement hormonal complémentaire. En fait, Anna a reçu ce qu'on appelle un traitement personnalisé. «C'est un des changements les plus importants survenus au cours des cinq dernières années», estime le Dr Pierre Dubé, chirurgien-oncologue à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. Aujourd'hui, chaque patiente se voit proposer un traitement individualisé combinant les avantages de quatre outils: l'hormonothérapie, la chimiothérapie, la radiothérapie et la chirurgie.

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L'hormonothérapie Tout comme la chimiothérapie, l'hormonothérapie agit sur l'ensemble de l'organisme pour empêcher la propagation des cellules cancéreuses ou pour réduire la taille d'une tumeur. De nouveaux médicaments comme l'Arimidex, le Femara et l'Aromasine interviennent directement sur l'enzyme de synthèse de l'œstrogène, véritable engrais du cancer du sein. Chez les jeunes femmes, on va même jusqu'à provoquer une ménopause (réversible) en administrant un produit appelé Zoladex afin de freiner la progression du cancer. Johanne se souvient de ses nausées et de ses bouffées de chaleur comme d'une expérience très déplaisante, à laquelle elle n'était pas du tout préparée. Comme ces manipulations hormonales ont pour but de bloquer l'effet des œstrogènes, le Dr Dubé trouve plus adéquat de les rassembler sous le terme d'anti-hormonothérapie. Mais cette technique n'est qu'un des outils de l'arsenal déployé pour lutter contre le cancer du sein.

La chimiothérapie Là aussi la médecine prépare des cocktails de plus en plus efficaces, même s'ils demeurent toujours agressants pour l'organisme. Heureusement, les médicaments chargés de contrôler les effets secondaires ont également fait d'énormes progrès. Les infections provoquées par la chute des globules blancs sont mieux contrôlées. Les nausées aussi. Et même la perte des cheveux pourra être empêchée chez bon nombre de patientes, grâce à l'apparition récente d'un antibiotique, le Caelyx. Il y a huit ans, Louise, alors âgée de 39 ans, a appris qu'elle souffrait d'un cancer du sein. Son traitement a été suivi d'une rémission qui a duré plusieurs années. Mais, il y a trois ans, la maladie est revenue en force, accompagnée de métastases. Depuis, Louise a reçu 120 traitements de chimiothérapie, et ce n'est pas fini! Heureusement, grâce à un traitement de soutien adapté, elle ne connaît ni nausées ni vomissements. De la fatigue certains jours, des ulcères dans la bouche, oui. N'empêche, les métastases aux poumons ont disparu, et celles localisées ailleurs dans le corps ont diminué. Le Dr Dubé parle de ce cancer comme d'une sorte de maladie chronique, avec ses hauts et ses bas. Mais Louise est confiante. Elle rentre même d'un voyage en Tunisie avec son fils de 19 ans. «Il faut dédramatiser la maladie. Désormais, les médicaments permettent d'avoir une meilleure qualité de vie, la chimio fait gagner du temps et, pendant ce temps, la recherche progresse. Moi, je vis un jour à la fois, mais intensément. C'est l'essentiel», explique Louise, tout en demeurant réaliste.

La radiothérapie En ce qui concerne la radiothérapie, c'est la manière d'administrer le traitement qui a évolué. Les séances ont été réduites de quatre à trois semaines, et plutôt que de «bombarder» de rayons toute une zone du corps, on privilégie l'approche locale. Dans certains cas, des tiges h radioactives ont remplacé les rayons et permettent d'injecter des liquides dans le sein, selon un traitement appelé interstitiel. L'inconvénient est que ces tiges font des trous, avec des cicatrices à l'avenant. Le traitement interstitiel ne dure par contre que quelques jours.

L'incontournable chirurgie Toutes ces innovations n'empêchent pas la chirurgie de demeurer le mode d'intervention le plus courant, sans lequel, dans bien des cas, il n'y a pas de guérison possible. Dans ce domaine aussi, il y a eu des améliorations. D'abord, le chirurgien y pense à deux fois avant de pratiquer une mastectomie totale. Parfois, seule une mastectomie partielle est nécessaire. «Dans le cas d'une tumeur unique dont la taille est de moins de cinq centimètres, on peut presque toujours sauver le sein», explique le Dr André Robidoux, chirurgien-oncologue à l'Hôtel-Dieu de Montréal, tout en rappelant que l'aspect médical doit l'emporter sur les considérations esthétiques. Mais c'est avec l'apparition de la technique dite du «ganglion sentinelle», dans les années 90, qu'on peut parler de véritable révolution chirurgicale. Explications: au premier stade du cancer, la tumeur est localisée dans le sein. À un stade plus avancé, les cellules cancéreuses se répandent dans le corps, en formant des métastases. Le premier relais de ce terrible voyage se trouve dans des ganglions, généralement situés sous les aisselles. On vérifie donc si ces derniers sont touchés par la tumeur cancéreuse. Si c'est le cas, il faudra les enlever. Une des séquelles de cette opération longue et douloureuse: une enflure accompagnée d'une diminution temporaire de l'usage du bras, connue sous le nom de lymphœdème. La bonne nouvelle, c'est qu'on sait maintenant que le ganglion de tête (appelé ganglion sentinelle) est le premier touché par les cellules cancéreuses lorsqu'elles se mettent à voyager. On peut donc, pour certaines femmes, limiter l'intervention chirurgicale à ce seul ganglion. L'opération se fait alors sous anesthésie locale, ce qui réduit les effets secondaires. Malheureusement, elle n'est pas encore pratiquée partout. Le Dr Pierre Dubé estime que d'ici quelques années le prélèvement du ganglion sentinelle permettra d'éviter le curetage des ganglions de l'aisselle chez les deux tiers des patientes.

Autre prouesse de la médecine: la reconstruction du sein après une mastectomie. Longue et complexe (elle requiert de quatre à six chirurgies), l'intervention n'est pas tout à fait nouvelle, mais elle s'est perfectionnée, jusqu'à donner des résultats «impressionnants», commente le médecin. On prélève de la peau en bas du nombril et une partie des muscles de l'abdomen, et on reconstruit. Ce sein nouveau ne sera jamais comme un sein normal, mais, contrairement à la prothèse, il est moins susceptible d'être rejeté par le corps, puisqu'il est constitué des mêmes tissus et qu'il en épouse par la suite le rythme, tour à tour grossissant, maigrissant ou vieillissant. Toutefois, Louise a gardé un souvenir amer de son opération, qui s'est révélée un échec. Son regret: avoir dû prendre rapidement une série de décisions importantes, sans avoir pu en mesurer vraiment la portée. «On ne m'a pas dit à l'époque que je pouvais aussi choisir de vivre avec une cicatrice à la place du sein, telle une amazone. Dans la mythologie grecque, les amazones étaient des guerrières redoutables. Ça m'aurait plu de leur ressembler», confie-t-elle.
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