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Stéphane Rousseau: on l'aime, un peu, beaucoup Alafolix!

Après 28 ans de métier, Stéphane Rousseau n'a rien perdu de sa touchante modestie. Rencontre avec notre homme de l'année 2007, un beau gosse désopilant devenu star.

Par Chrystine Brouillet

Photo: Jean-Claude Lussier

La première fois que j'ai rencontré Stéphane Rousseau, j'étais dans un salon de coiffure, la tête pleine de papier alu pour les mèches et complètement paniquée parce que, le clavier de mon ordinateur étant fichu, je ne pourrais pas finir mon roman en cours dans les délais prévus.

J'avais remarqué Stéphane, comme toutes les autres clientes du salon, bien sûr, mais je n'osais pas le regarder. Imaginez ma surprise quand il est venu vers moi pour me dire qu'il m'avait entendue raconter mes angoisses à ma coloriste, qu'il avait eu les mêmes ennuis avec son ordinateur, et que c'était archifacile de commander un nouveau clavier et de l'installer. Devant mon air dubitatif, il m'a expliqué avec une infinie patience comment je devais m'y prendre. J'en étais bouche bée, ébahie que cet artiste réputé prenne le temps de me rassurer. Par pure gentillesse. Avec un sourire irrésistible en prime.

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Cinq ans plus tard, Stéphane Rousseau est assis devant moi, vêtu d'un pantalon sable et d'une chemise imprimée à manches courtes qui laissent voir ses tatouages – pour imiter son père, «son frère d'encre», qui était tatoué lui aussi. L'homme est toujours aussi chaleureux, à la fois gêné et enjôleur, et son regard franc, étonnamment grave, qui contraste avec un sourire espiègle, permet de confirmer une intuition: l'artiste est double.


Un gamin charmeur et un adulte... plus rock and roll. Cela dit, Dr. Stéphane et Mr. Rousseau cohabitent plutôt bien, même si le premier peut prendre le dessus à des moments où l'assurance du second – qui sait dire sa façon de penser – serait davantage bienvenue. «J'aime le p'tit cul qui m'habite parce que j'aime les enfants mais, parfois, quand je rencontre de nouvelles personnes par exemple, je voudrais le mettre de côté à cause de sa timidité. J'ai même des amis avec qui je suis encore gêné!»


Des parents inspirants

On le croit, même si c'est difficile d'imaginer que cet homme bourré de talent puisse être embarrassé. On le croit parce que sa candeur est palpable, lumineuse, émouvante. Il joue avec le pied de son verre de rosé, en me jetant des regards brefs quand il parle de la longue maladie de sa mère. Il avait sept ans lorsqu'elle a appris qu'elle souffrait d'un cancer. On lui donnait seulement quelques mois à vivre, mais elle a tenu cinq ans, déterminée à rester en vie le plus longtemps possible pour Stéphane et sa sœur, Louise. «Au début, dit-il, on me cachait la gravité de h son état. À l'hôpital, il fallait qu'on porte des masques pour la voir, et ça m'amusait de me déguiser. C'était plus dur pour ma sœur aînée, car elle était consciente de tout. Mais, quand ma mère ne me reconnaissait pas même lorsque j'enlevais mon masque, c'était moins drôle...»

Il se tait un instant, puis sourit en racontant qu'elle reconnaissait de nouveau son fils le lendemain. Les bons jours succèdent toujours aux mauvais... Et puis, il y avait son père, un joyeux luron qui faisait son ketchup et sa sauce à spaghetti (plusieurs de ses amis étaient Italiens), qui avait beaucoup d'humour et qui aimait provoquer, déstabiliser les gens. «Il pouvait, par exemple, embrasser une femme de la haute en faisant exprès pour écraser son nez dans ses lunettes.»

Comment Stéphane Rousseau, élevé à LaSalle par un père ouvrier et une mère soudeuse (la première au Québec), franchit-il la distance entre ses origines modestes et son statut de star? «En caméléon, répond-il tout de go. Je m'adapte. J'essaie de passer inaperçu, tout en me sentant assez à l'aise partout. Quand je suis arrivé sur le plateau de tournage d'Astérix aux Jeux olympiques, j'ai d'abord observé les autres comme si j'étais un spectateur, avec un certain décalage.»


Un tournage fabuleux

Ça devait quand même être excitant de jouer en compagnie de monstres sacrés comme Depardieu et Delon? Oui, évidemment. Mais c'était moins convivial qu'il ne l'avait imaginé. Après le travail, un jet attendait les stars qui rentraient chez elles, tandis que Stéphane retrouvait les techniciens à l'hôtel, où il avait d'ailleurs été logé par erreur. On lui a vite proposé une villa, plus conforme à son standing. Il a refusé, s'étant lié d'amitié avec les «techs» et Benoît Poelvoorde (Brutus, dans le film), qui vivait tout près.

Le tournage l'a retenu cinq mois en Espagne, une expérience fabuleuse. Thomas Langmann, un des deux réalisateurs du film, l'a appelé après l'avoir vu sur une affiche à Paris, puis en spectacle, et Uderzo (un des deux papas d'Astérix, l'autre étant Goscinny) a approuvé ce choix. Mais avant la décision finale, Stéphane a vécu plusieurs semaines dans une incertitude angoissante: «Ils auraient pu changer cent fois d'idée. À la première réunion sérieuse, j'ai mis la bague de mon père en lui disant: “Donne-moi un p'tit coup de main, Gilles...” Et j'ai également parlé à ma mère. Ils doivent m'avoir aidé de là-haut, pour ça aussi...»

Était-il surpris d'être l'heureux élu pour le rôle d'Alafolix, un amoureux candide qui veut conquérir une belle princesse? Oui et non. Même réaction à propos du rôle de Sébastien, qu'il a défendu dans le film Les invasions barbares, de Denys Arcand. «Je suis rarement étonné par ce qui m'arrive – en bien ou en mal – dans la vie.»

Stéphane Rousseau aborde ses rôles avec fougue et enthousiasme. Parce qu'il veut tout donner au réalisateur, il est prêt à maîtriser ses peurs. Par exemple, il a la phobie du sang, mais il s'est néanmoins surpassé dans la course de chars d'Astérix, oubliant qu'il pouvait se blesser. «Le danger était réel parce que les chevaux peuvent avoir des réactions imprévues, que plusieurs chars se côtoyaient et qu'il fallait penser à tant de choses... mais quand j'incarne un personnage, je n'existe plus en tant que Stéphane. J'étais Alafolix, et il ne pouvait rien m'arriver! En tournage, je veux livrer le meilleur de moi-même.»

Serait-il un peu orgueilleux? L'acteur pouffe de rire, affirmant qu'il serait plutôt inconscient... tout en étant un gars prudent, pas du tout casse-cou. S'il a déjà eu une Harley-Davidson, ce n'était pas pour faire de la vitesse, mais seulement parce qu'il en avait toujours rêvé: «De toute façon, je suis un très mauvais pilote...» Il apprécie d'ailleurs une certaine lenteur et prend aujourd'hui le temps de goûter les choses. «Je ne suis pas pour la course folle, la réussite à tout prix. Je sais que la vie est fragile et j'ai envie de profiter de la présence de mes amis.»




VOIR LES VIDÉOS DE LA SÉANCE PHOTO AVEC STÉPAHNE ROUSSEAU

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