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Parents: acceptez d'être détestés!

Et si, à force de trop aimer nos enfants, on les préparait mal à la vie adulte? Et si c'était normal en tant que parents de se faire détester par nos enfants?

Par Marie-Françoise Colombani

Photo: Anne Clark/ istock.com

Dans La violence de l'amour, Caroline Thompson réfute nombre d'idées reçues. Entretien.


« Il ne s'agit pas de moins aimer nos enfants, mais de supporter qu'eux puissent ne pas nous aimer et parfois même nous détester.» C'est le message percutant du livre de Caroline Thompson. Dans La violence de l'amour (Hachette Littératures), la psychanalyste et thérapeute familiale explique pourquoi les sentiments ont pris le pas sur l'éducation et la transmission des valeurs. Et pourquoi, à force de nous mettre à la place de nos petits, nous leur volons finalement leur enfance. Une remise à niveau salutaire.



Comment l'amour peut-il parfois devenir dangereux?
On assiste aujourd'hui à une sorte d'idéalisation de l'amour. Ce sentiment tend à occuper toute la place dans notre relation avec notre petit, au détriment d'autres éléments essentiels comme l'autorité parentale et la transmission des valeurs.

L'amour est un sentiment beaucoup plus complexe qu'on veut bien le croire. Les gens qu'on aime le plus sont aussi ceux à qui on en veut, ceux contre qui on se met en colère. C'est «l'ambivalence des sentiments». Les enfants expriment très facilement cet état: quand nous leur interdisons une chose, ou que nous les punissons, ils répliquent par un «Je te déteste!», puis, une heure plus tard, ils nous soufflent un «Je t'aime». Les parents ont beaucoup de mal à accepter que leur enfant manifeste cette ambivalence; venant de lui, elle leur est même insupportable. Alors, ils font tout pour s'en faire aimer. Et lorsque l'enfant voit la réaction que son agressivité, pourtant tout à fait normale, provoque en eux, il a tendance à refouler cette pulsion... qui ressurgira plus tard sous une autre forme.



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Pourquoi les parents ont-ils davantage besoin de l'amour de leur enfant qu'autrefois?
À une époque où les familles se désunissent et se recomposent, l'enfant est le partenaire privilégié de ses parents, le seul élément permanent de leur existence. Plus la relation homme-femme se fragilise, plus le lien parent-enfant se solidifie et devient passionnel.


Il y a 20 ans, on pouvait s'engager à fond dans une idéologie politique ou religieuse mais, aujourd'hui, la famille, et l'enfant en particulier, sont au coeur de nos projets de vie. Dans des sociétés repliées sur elles-mêmes et très individualistes comme les nôtres, l'enfant est devenu le baromètre de la réussite, un des symboles du statut social. Les parents considèrent leur enfant comme un élément de leur réussite personnelle, alors que leur relation est transitoire. Contrairement à ce qui se passe dans les rapports amoureux, l'objectif ultime d'une relation parent-enfant réussie est la séparation. Les parents ont cependant beaucoup de mal à accepter cette distanciation, qui les fragilise énormément.


Ainsi, une des raisons pour lesquelles les crises d'adolescence ont tant de force aujourd'hui, c'est que les ados éprouvent le besoin d'établir une distance entre eux et leurs parents – par conséquent, ils les rejettent. Heureusement qu'un certain rapprochement est rétabli par la suite... En fait, un jeune n'est bien que s'il sent qu'il peut détester ses parents. Ceux-ci doivent donc lui procurer un cadre dans lequel il se sent assez en sécurité pour oser se rebeller contre eux, sans craindre de détruire la relation qui l'unit à eux. Accepter que notre enfant nous déteste est un énorme cadeau à lui faire.


Vous écrivez que ce sont les sentiments qui structurent les relations dans la famille, alors qu'avant c'était l'autorité. Les sentiments et l'autorité seraient-ils incompatibles?
Pas forcément, mais à cet égard, il y a un véritable changement de registre. Aujourd'hui, en étant autoritaires, nous craignons que notre enfant pense qu'il est mal aimé et, surtout, nous nous imaginons qu'il nous aimera moins. C'est vrai qu'un enfant qui est grondé ou un adolescent qui est privé de sortie n'ira pas en remercier ses parents. Il le fera peut-être dans 10 ans mais, sur le coup, il réagira en tapant du pied, en faisant la tête, en pleurant... Mais étant donné que nous souhaitons une satisfaction et une reconnaissance immédiates, nous nous plaçons dans une situation de démagogie parentale permanente en favorisant les sentiments au détriment de l'autorité.


Vous dites qu'un enfant heureux ou qui réussit à l'école n'est pas le signe qu'il a de bons parents, pas plus que l'inverse n'est vrai. Pourtant, nous avons l'impression que c'est le cas. Pourquoi?
Aujourd'hui, on dit qu'on est «de bons ou de mauvais parents» comme on dit qu'on a «une bonne job» ou qu'on «jouit d'un bon niveau de vie». Être parent est devenu une manière de se définir. Quand notre enfant ne réussit pas bien à l'école ou qu'il a des problèmes d'un autre ordre, nous ressentons une blessure narcissique. C'est grave parce que ce n'est plus notre enfant qui compte, mais nous-mêmes. Ainsi, dans le discours, l'enfant tient une place gigantesque, mais ce n'est pas forcément le cas dans la réalité.
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1. Les parents ont davantage besoin de l'amour de leur enfant
2. Un enfant peut échouer sans qu'on soit de mauvais parents?

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