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P'tite vie
Malheureux et pauvre comme Job ou heureux et riche comme Crésus? Ne riez pas, le choix n'est pas si simple... car notre vieux fond catho nous dicte plutôt de passer Go sans réclamer 200 $.
Par Richard Martineau
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On dit que le Québec s'est débarrassé de la religion. Faux. La religion est toujours au centre de notre culture, de notre façon de voir les choses.
Prenez notre rapport à l'argent, par exemple.
Au Québec, les gens qui réussissent financièrement sont mal vus. Au pire, ce sont des voleurs, au mieux, des vendus. En tout cas, ils sont suspects. Il y a quelque chose qui cloche chez eux. Ils ne sont pas nets.
Je pense aux fameuses Têtes à claques, les p'tits bonshommes rigolos de Michel Beaudet. Au début, tout le monde tripait sur les Têtes à claques. On ne pouvait pas faire deux pas sans entendre: «Des toasts, des toasts!», «Donne-moi des Pop-Tarts» ou «Hé, mon ami, aimes-tu ça, des patates?»
Mais dès que Michel Beaudet a commencé à faire de l'argent avec sa création (en ajoutant de la pub sur son site Internet et en signant une entente avec un géant de la téléphonie), des voix de protestation se sont aussitôt élevées.
«C'est ça, “il est à l'argent”», «Il me semble que c'était meilleur avant», «Décidément, il est prêt à tout pour faire la piastre...» Comme si Michel Beaudet n'avait pas le droit de gagner honorablement sa vie avec son talent! Comme si c'était péché de faire de l'argent! Quand le plombier va déboucher vos toilettes, le payez-vous? Pourquoi les créateurs n'auraient-ils pas le droit, eux aussi, d'être payés pour leurs services? Quel mal y a-t-il à ça?
Chaque fois que j'entends un Québécois établir un lien entre la valeur d'une personne et sa situation financière (l'une étant toujours inversement proportionnelle à l'autre, bien sûr), je me dis que, si on a sorti le Québécois de l'Église, on n'a décidément pas sorti l'Église du Québécois...
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