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Le poker gagne les filles!

Sur Internet, en famille ou entre copines, les «poker girls» jouent pour le plaisir... et pour le fric!

Par Steve Proulx

Photo: Sandy Jones

Isabel jette un oeil sur ses cartes. Même si elle n'a pas la main du siècle, son sourire ne perd rien de son assurance. La belle noire affiche un poker face inversé. Tout aussi efficace, mais tellement plus charmant! «Je me couche», siffle-t-elle. À sa gauche, Catherine est plus réservée. Stratégique, la grande brune pousse une pile de jetons au centre de la table. «Je relance», dit-elle. Émilie suit avec autant de jetons. Et Véronique retourne la carte qui scellera le sort de la partie: valet de pique. Échanges de regards entre Catherine et Émilie. Moment d'intensité...


Nous sommes au Québec, loin des poussiéreux saloons de l'Ouest, où une partie de poker entre cow-boys pouvait jadis se terminer par un duel sous le soleil. Rien à voir non plus avec l'arrière-boutique d'un café italien, où une poignée de mafiosos misaient de l'argent sale pendant que quelques groupies ondulaient derrière eux. En fait, depuis que le poker a fait son apparition sur Internet, le célèbre jeu de cartes s'est démocratisé. Et parmi les nouveaux adeptes, les femmes sont de plus en plus nombreuses.




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Communauté de coeur

Nous sommes à Montréal, un mardi soir. Il n'y a que des filles autour de la table de jeu à bords rembourrés.

Quatre accros du poker ont accepté notre invitation et nous racontent pourquoi elles ont craqué pour ce jeu. «Quand tu es la seule fille dans un milieu de gars, explique Émilie, une relationniste de 22 ans, c'est facile d'être le centre de l'attention.» Bien sûr, la petite blonde s'adonne au poker pour jouer entre amis, mais puisqu'elle est douée, c'est aussi pour être la reine de la soirée...

D'ailleurs, bien qu'on ait depuis toujours associé testostérone et poker, ce dernier fait aussi appel à des qualités féminines. «Une grande partie du jeu consiste à étudier l'adversaire, souligne André Boyer, président de l'Association des joueurs de tournois de poker du Québec. Il faut être capable de lire les visages pour savoir ce que les joueurs ont dans les mains, et les filles sont souvent plus observatrices.»

Isabel, 28 ans, adjointe aux communications dans une institution financière, aime le poker pour son côté ludique. Elle s'y adonne surtout sur PokerStars.com, le plus gros site Internet du monde en la matière. «Je joue une fois par jour, dit-elle. Mais souvent, j'en profite pour chatter avec d'autres joueurs.» La jeune femme a d'ailleurs attrapé la piqûre du poker sur le Web. On peut y jouer avec d'autres internautes, pour le plaisir ou pour l'argent. PokerStars.com compte aujourd'hui plus de cinq millions d'abonnés!


Forcément, la popularité de tels sites a fait naître une véritable industrie. Désormais, les vedettes de Hollywood, comme Ben Affleck et Matt Damon, jouent au poker. Et le jeu a ses fans, ses émissions de télé, ses magazines et son propre star-système.


Illicites, les tournois payants?

Catherine, 18 ans, s'est pour sa part initiée au poker... à l'école! «On jouait à la cafétéria le midi et pendant les pauses», raconte-t-elle. Puis, sa passion s'est peu à peu développée hors des murs de la polyvalente. «J'ai commencé à travailler comme serveuse dans des clubs privés, et je fréquentais des gens qui jouaient dans des tournois, à l'argent... Ça m'a donné le goût d'en faire autant.» Elle joue désormais deux ou trois fois par semaine et gagne des bourses qui peuvent atteindre 500 $. Pour Catherine, le poker est devenu un loisir lucratif.

Sauf qu'il y a un hic. S'il n'est pas interdit de jouer au poker au Québec, tenir une maison de jeu et organiser des tournois «payants» l'est totalement. Ce qui place les joueurs plus sérieux dans une situation à risque. «Se faire prendre n'est pas la fin du monde, explique Véronique, une chanteuse de 24 ans, mais tu as tout de même un dossier criminel. Et comme mon rêve est de chanter et de voyager, je ne pourrais pas le faire si j'avais un dossier.»

Véronique s'y connaît en matière de poker. Elle a été croupière, et travaille actuellement comme reporter pour le site Princepoker.com. Elle joue régulièrement dans des tournois, a gagné des sous grâce à de bonnes cartes... mais reste discrète sur les montants.



De retour maintenant à la table

de poker. Même si Émilie a eu l'audace de bluffer avec une maigre paire de trois dans son jeu, elle n'a pu résister aux stratégies agressives de Catherine et de Véronique. Catherine, elle, a fini par départir Véronique de tous ses jetons.

À la fin de cette joute 100 % féminine, les filles s'échangent leurs courriels en se promettant de répéter l'expérience. Car le poker est, avant tout, un jeu de rencontres.
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