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J'ai osé montrer ma fragilité à un homme
À 41 ans, Vanessa, qui était obsédée par son image, a éprouvé des ennuis de santé. Elle a alors commencé à lâcher prise.
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L'autre jour, dans un café où je vais souvent, j'écoutais un groupe de filles, toutes très jolies et très drôles. De belles petites amazones. Elles parlaient des hommes, du fait que plus un seul ne leur paraissait assez bien. Ça m'a rappelé tant de choses... Alors, voilà, j'ai décidé que, pour elles, j'allais raconter mon histoire.
J'ai 41 ans. Je suis prof d'histoire. Toute jeune, je savais que j'exercerais un métier qui ferait travailler ma matière grise. J'ai été élevée dans l'idée d'atteindre un jour mon indépendance. Fille d'enseignants, j'étais une bonne élève, c'est vrai, mais j'aimais aussi beaucoup sortir, m'acheter des vêtements et bavarder des heures au téléphone. J'étais bien dans ma peau. Pourtant, chaque fois qu'un garçon me plaisait, j'essayais de me montrer encore plus brillante pour qu'il me trouve intéressante. Comme s'il fallait constamment mettre la barre plus haut. Ça ne me suffisait pas d'être une personne agréable; je devais être la plus belle possible, la mieux parfumée, la plus haut perchée sur ses talons, la plus féminine. Et si un flirt échouait, je me disais que je n'avais pas été assez performante.
À 20 ans, je savais déjà qu'il me faudrait lâcher prise. J'avais même acheté le livre Les secrets du lâcher prise, aux éditions Coeur de Phénix. Non seulement je l'ai dévoré, mais j'ai fait les exercices indiqués. Il fallait établir la liste des gens qui nous stressent, puis apprendre à gérer cette pression. À tout laisser glisser sur soi. Ce que ça a donné? Rien. Je ne voyais pas à quel point ce processus était factice et représentait encore une façon de se protéger.
Le mur de mon intellect était toujours là, dressé, même quand j'étais fière d'être restée «naturelle» à un rendez-vous. En fait, je n'avais rien de naturel; c'était encore une façade car, en réalité, j'étais une forteresse imprenable. Je pouvais faire l'amour avec un homme sans jamais être vraiment là. Je prenais du plaisir et, une fois le plaisir évanoui, cet homme devenait un étranger dont il fallait que je me débarrasse au plus vite. Un ami gai m'avait fait remarquer que je réagissais comme un homme.» Une copine m'avait aussi dit: «C'est parce que tu fréquentes des types qui ne sont pas à la hauteur.» J'ai l'impression que, pendant des années, j'ai rendu mes amis témoins de mon intimité pour ne pas me retrouver seule avec moi-même.
Et puis, il y a quelques mois, j'ai eu des ennuis de santé. J'étais exténuée, sans raison apparente. On a cru qu'il s'agissait d'une mononucléose, mais c'était juste quelque chose d'approchant. Le médecin m'a autorisée à cesser de travailler durant 20 jours et m'a conseillé de prendre soin de moi. Je me souviens de m'être demandé: «Ça veut dire quoi, prendre soin de soi?» J'avais pourtant le sentiment de faire le maximum de ce côté-là. Comme je n'ai pas d'enfants, ma mère disait même: «Tu n'as que de toi à t'occuper!»
En quelques jours, le fait de savoir que j'avais un problème de santé réel a provoqué en moi une réaction qu'aucun manuel n'aurait pu susciter: j'ai lâché prise. La première chose à dire sur le lâcher-prise, c'est que, quand ça nous arrive, on ne s'en rend pas compte. Moi, je me sentais juste très diminuée, mal à l'aise. Dans la rue, si je rencontrais une connaissance, j'avais honte de mon visage blême, de mon manque d'entrain, je me sentais comme quelqu'un d'impoli, qui se présenterait à un anniversaire sans avoir apporté de cadeau.
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