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Sors de ce corps!

«Mon nez est trop long, mes paupières s'affaissent, mon menton est fuyant, mes cheveux sont clairsemés, mes oreilles sont…

Par Sylvie Poirier

Photo: Michel Cloutier

décollées, ma peau se froisse, mon cou se plisse, mes seins pointent vers le bas, mes bras pendouillent, mes hanches sont immenses, mon bedon fait le mollasson, mes fesses disparaissent, mes cuisses ramollissent, mes genoux sont cagneux et mes mollets, trop forts. Je suis trop grosse, trop maigre, trop grande ou trop petite, j'ai une culotte de cheval, de la cellulite, des vergetures et des varices... Mais le pire (!), ce sont les “tétines”, les grains de beauté, les taches blanches ou brunes, les poils et les boutons qui, tous, rivalisent de persévérance pour se tailler une place sur mon épiderme.»

Non, ce n'est pas une nouvelle chanson de Linda Lemay ni la description d'une des créatures du Dr Moreau ou du Dr Frankenstein. C'est plutôt l'éternel laïus de la femme qui ne s'aime pas, qui se voit déformée, qui exagère tous ses petits défauts, qui se concentre sur ses imperfections, qui s'imagine repoussante.

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Il s'agit d'un cas, direz-vous. Désolée de vous détromper: selon le Réseau canadien pour la santé des femmes, près de 90 % des femmes au pays n'aiment pas leur apparence.

Souvent, lorsque nous nous regardons dans le miroir, il y a une distorsion entre l'image réelle que nous renvoie la glace et celle que nous y voyons. «Trop grosse», voilà ce qu'on se dit la plupart du temps, même si nous sommes tout à fait «normales» – c'est-à-dire avec ou sans rondeurs. Une récente étude torontoise révèle que les femmes interprètent les conseils liés à une bonne alimentation comme un incitatif à maigrir. Saisissant mal le message, elles confondent poids santé et minceur.

Bref, nous nageons en pleine contradiction – ce n'est d'ailleurs pas nouveau: on a beau décrier le corps des filles minces ou maigres, nous succombons, à un moment ou à un autre de notre vie, aux régimes «yoyoesques». Nous clamons haut et fort que cette obsession de la minceur et de la jeunesse n'est pas saine, mais nous faisons tout pour rester belle, mince et jeune. Beau paradoxe. Les magazines féminins, la télé et la publicité sont considérés comme les principaux responsables de cet extrémisme corporel. Je ne veux pas prêcher pour ma paroisse, mais j'ai déjà fait autre chose que du magazine dans ma vie. Et j'ai toujours détesté certaines parties de mon corps. Je n'ai jamais eu besoin de vedettes ou de mannequins pour me dévaloriser.

Et je suis prête à parier que ce problème bien féminin survivrait à la mort des médias. J'entends souvent des femmes dire qu'elles aimeraient que les Marilyn Monroe et Brigitte Bardot de ce monde redeviennent nos modèles. Vraiment? Ne s'agit-il pas d'un autre piège à «connes»? Après tout, qui peut prétendre avoir naturellement des lèvres pulpeuses, une chevelure de lionne, de beaux gros seins qui pointent droit devant, une taille de guêpe, des fesses bien rebondies et des jambes parfaitement galbées? Très peu de femmes, évidemment. Qu'elles soient pulpeuses, maigres ou boulottes, les modèles féminins se suivent et ne nous ressemblent pas. Pourquoi alors tant vouloir leur ressembler?

Parce que nous avons besoin de séduire, de nous situer dans la norme, de plaire à tout prix? De prouver que nous contrôlons nos pulsions, que nous maîtrisons notre vie, que nous sommes les meilleures? Parce que nous croyons que le bonheur dépend de quelques kilos, que la réussite dépend de notre silhouette?

Je ne sais pas, mais je fais partie de ces femmes qui essaient de se trouver belles, même dans l'imperfection... Ce n'est pas facile tous les jours. Mais je suis convaincue d'une chose: nous sommes responsables de notre vie et de notre bonheur. Nous ne sommes pas de pauvres victimes façonnées par les modes et les tendances. Nous pouvons nous conformer ou nous démarquer. C'est notre choix. We will survive... hey hey!


DANS NOTRE NUMÉRO DE NOVEMBRE

Dans notre entrevue avec Eve Ensler, l'auteure des Monologues du vagin, on se rend compte que partout dans le monde, les femmes transforment leur corps pour se conformer aux diktats de la mode, de la culture ou de la religion. La féministe elle-même avoue ne pas aimer son corps et nous dit pourquoi. Décidément, on a encore des croûtes (de pain allégé!) à manger...



LE NUMÉRO DE NOVEMBRE 2007 EST EN KIOSQUE DÈS MAINTENANT

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