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«On a passé cinq ans en mer»
Quand Claire a croisé le regard de Guy, ç'a été le coup de foudre. Avait-elle deviné qu'elle le suivrait un jour au bout du monde?
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Photo: Istock.com/Donna Coleman
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C'est dans un café, à Montréal, que j'ai fait la connaissance de Guy. On a tout de suite sympathisé et, au fil de la conversation, il m'a confié son rêve le plus cher: faire le tour du monde en voilier. Mais plus j'entendais parler de ce projet, plus je le trouvais séduisant. Pendant les deux années qui ont suivi, nous nous sommes fréquentés... à distance. Comme j'étudiais à Sherbrooke et que Guy travaillait dans l'Ouest canadien, nous avons appris à nous connaître par le biais de l'écriture.
Puis, un jour, tel que planifié, Guy a pris la mer en compagnie de l'ami avec lequel il avait construit son premier bateau. Bien sûr, j'ai eu de la peine, mais il caressait ce rêve depuis si longtemps que je ne voulais pas y faire obstacle. Le destin a voulu qu'il revienne au bout de trois semaines, et c'est à son retour qu'il m'a proposé de construire un voilier, pour nous, et de faire le tour du monde ensemble. J'étais si emballée que j'ai accepté son offre sur-le-champ. Mais une fois l'euphorie du moment envolée, les doutes ont surgi dans mon esprit. Je me disais que nous n'étions pas assez fortunés pour nous lancer dans une telle aventure, que notre projet était utopique. Je me suis mise à lire sur le sujet, à rencontrer des gens qui vivaient à bord de voiliers, et mes craintes se sont atténuées.
Pour atteindre notre but le plus rapidement possible, Guy et moi avons emménagé ensemble et réduit nos dépenses – restos, cinéma, vêtements – au strict nécessaire. Trois ans plus tard, après avoir recueilli la somme requise, nous avons acheté la coque du bateau et consacré aussitôt presque tout notre temps libre à la construction de notre voilier. En cours de route, je suis tombée enceinte; j'ai alors dû cesser certaines activités physiques et laisser Guy s'activer seul.
C'est au terme de sept années de labeur, et sous une pluie diluvienne, que nous avons baptisé notre voilier en compagnie de notre famille et de nos amis. Cinq ans plus tard, après avoir rodé l'embarcation sur le lac Champlain, nous étions prêts à nous aventurer en mer. Enfin... presque. Il y avait tant à faire avant de nous embarquer pour un tel périple. En tête de liste: vendre la maison et le commerce, histoire de financer les années à venir. Comme nous envisagions de partir pour cinq ans, je devais également obtenir une dérogation de l'école afin de prendre en charge l'enseignement de mes deux filles, Joëlle, sept ans, et Chloé, neuf ans. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, une simple lettre de la part de la directrice à la commission scolaire a suffi. Je devais prodiguer à mes filles des leçons de français, de mathématiques et d'anglais. Quant aux cours d'histoire et de géographie, j'étais convaincue que le monde serait le plus instructif des sujets. Il fallait aussi décider du matériel à emporter: provisions, jouets, vêtements, livres, médicaments, etc.
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