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J'étais amoureuse d'un homme qui me battait

Pendant plus d'un an, Julie a été terrorisée et brutalisée par son chum. Elle raconte comment ce genre de choses arrivent.

Il y a quelques années, je suis tombée éperdument amoureuse d'un homme qui s'est révélé être un monstre. Je suis restée avec lui pendant un peu plus d'une année, tout au long de laquelle il m'a battue, humiliée, terrorisée. Aujourd'hui, je vais beaucoup mieux, mais je tiens à raconter mon histoire car je suis excédée d'entendre dire que les femmes battues sont de pauvres filles, assez stupides pour rester dans une situation semblable alors qu'elles pourraient simplement quitter leur bourreau. Comment les gens peuvent-ils juger de ce qu'ils ne connaissent pas? Savent-ils combien c'est difficile de partir quand on n'a plus la moindre miette de confiance en soi et qu'on vit dans la terreur au quotidien?

Étais-je à ce point idiote? Je ne sais pas... Ce dont je suis certaine, en revanche, c'est que j'étais une jeune fille de 18 ans bien fragile et naïve. On dit souvent que les peines d'amour de jeunesse sont vite oubliées. C'est faux. De 16 à 18 ans, j'ai connu plusieurs histoires désastreuses, qui m'ont profondément blessée. Moi qui étais si avide d'amour, je me faisais constamment rejeter, niaiser, flouer. Résultat: j'étais de plus en plus vulnérable, j'allais de plus en plus mal. Finalement, j'ai abandonné le cégep en plein milieu de l'année. J'ai trouvé un travail de caissière et je me suis mise à sortir beaucoup, notamment avec des filles «peu fréquentables». C'est à ce moment-là que j'ai rencontré Jean.

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C'est fou, parce que les filles présentes ce soir-là étaient toutes plus belles les unes que les autres et que cet homme n'a eu d'yeux que pour moi. On dirait que les manipulateurs de ce genre repèrent très vite leur proie. Il n'a pas cessé de me faire des compliments. Et moi, j'étais aux anges: enfin quelqu'un qui s'intéressait à moi!

Mes copines m'ont alors renseignée sur sa réputation de tombeur et prévenue contre lui. Je suis passée outre. Je l'ai revu à quelques reprises, et on a commencé à sortir ensemble. Il s'est mis à avoir des sautes d'humeur et à se montrer agressif; puis je me suis rendu compte qu'il ne travaillait pas. Je me demandais de quoi vivait un tel fêtard et comment il payait son appartement luxueux du centre-ville. C'était louche, mais je n'osais pas me l'avouer. Je ne voulais surtout pas que mon conte de fées s'achève. Alors je lui inventais toutes sortes d'excuses. Peut-être était-il stressé, fatigué, etc.

Deux mois et demi plus tard, mon père est tombé sur une de nos conversations téléphoniques, enregistrée par hasard sur la boîte vocale. Outre le fait qu'il se posait certainement des questions sur ce chum qu'il n'avait jamais vu, alors que j'habitais encore sous son toit, il m'a confié que la voix de Jean l'avait secoué. «Ce gars-là a une voix de bandit; elle me donne des frissons», m'a-t-il dit, m'enjoignant de ne plus le voir, de cesser de découcher et de reprendre une vie normale. Malheureusement, ses mises en garde n'ont pas eu le résultat escompté. Au contraire, j'ai fait mes valises en un tournemain et j'ai emménagé chez Jean. Ma mère m'a appelée, en larmes, la semaine suivante. Je l'ai rassurée cette fois-là... comme les fois d'après, lorsque j'allais rendre visite à mes parents, de temps à autre. Même dans les pires moments, je jouais la comédie et j'affirmais que tout allait bien. Je voulais leur montrer que j'étais capable de m'en sortir seule. Et puis, j'avais tellement honte...

En fait, la relation s'est dégradée dès l'instant où nous avons habité ensemble. Chose étrange, il a tout de suite laissé tomber la gentillesse, les compliments, les attentions qu'il avait à mon égard. Et il est devenu violent. Je me souviens très bien d'une de nos premières disputes. Ça faisait un mois que j'avais emménagé chez lui. C'était le soir de mon anniversaire, et il n'avait rien prévu, ni cadeau ni sortie. J'ai commandé un souper, que j'ai payé. Au cours du repas, on s'est chamaillés, et il a renversé la table sur moi.
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