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«J'ai fait deux dépressions postpartum»

Clara rêvait d'une famille parfaite. Elle s'est mariée, a eu deux enfants... et s'est écroulée à deux reprises.

J'ai toujours voulu vivre en couple, avoir des enfants, et leur donner ce que mes parents m'ont donné, c'est-à-dire une enfance heureuse, calme, stable. Quand j'ai connu mon mari par l'entremise d'amis, je lui ai demandé dès le départ s'il voulait fonder une famille. Ça faisait partie des conditions. S'il m'avait dit non, je l'aurais sans doute laissé.

À l'époque, je poursuivais des études en fiscalité. Ceux qui étudiaient en même temps que moi rêvaient d'une carrière internationale. Moi, j'ai vite abandonné ce rêve. Je savais que, sur le plan affectif, je ne pourrais pas mener ce genre de vie. J'étais trop «famille». J'avais besoin de stabilité, d'un foyer, d'être près de mes parents. J'ai cependant terminé ma maîtrise, même si c'était vraiment difficile et exigeant. J'ai d'ailleurs très souvent failli tout abandonner. Mais je suis bien trop perfectionniste: j'avais commencé ces études, il fallait que je les finisse! C'est justement ce perfectionnisme qui a précipité ma chute.

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Mon chum et moi avons décidé rapidement de vivre sous le même toit. Un an après avoir emménagé ensemble, on s'est fiancés. Douze mois plus tard, on s'est mariés, et l'année suivante, j'accouchais de ma première fille. Tout semblait dans l'ordre des choses. Mais lorsque je me suis retrouvée en congé de maternité, ç'a été le choc. J'avais 30 ans, une vie sociale bien remplie, un excellent travail. Du jour au lendemain, je me voyais déracinée de mon milieu professionnel. Je n'étais absolument pas préparée à ce qui m'attendait. C'est comme si j'avais été parachutée en Croatie sans connaître la langue du pays et sans savoir ce qu'on attendait de moi.

Étant enfant unique, je n'avais jamais vu ma mère changer une couche ou donner un biberon. Je n'avais jamais non plus, à l'adolescence, gardé d'enfants. La première couche que j'ai changée, ç'a été celle de ma fille! Je me sentais malhabile en tout. Et c'est un choc épouvantable de se sentir inapte à faire quelque chose d'aussi simple que de donner un biberon alors qu'on peut très bien rédiger une politique fiscale sur le changement climatique en un après-midi! En matière de responsabilités et de pression, j'avais toujours été capable d'en prendre. Mais un bébé qui pleurait plus de 10 minutes... ça me faisait paniquer!

J'avais pourtant l'impression d'avoir fait tout ce qu'il fallait. J'avais suivi des cours de maternité très formateurs et lu tous les livres concernant l'éducation des enfants. En théorie, il n'y avait rien qui pouvait clocher. Je savais tout: reconnaître les sept signes des coliques, distinguer les pleurs d'un bébé qui a mal de ceux d'un bébé qui a faim, etc. D'ailleurs, j'appliquais mes connaissances à la lettre. Le hic, c'est que lorsque la petite n'agissait pas comme dans les livres, c'était l'angoisse totale.

En fait, je me sentais incompétente, mais j'étais incapable de déléguer. Comme je ne supportais pas l'idée de laisser ma fille à la garderie, on lui a trouvé une gardienne. J'étais tellement exigeante. Je la surveillais sans cesse. J'ai eu besoin de six mois pour accepter de lui faire confiance. Puis je suis retournée au travail, et j'ai repris goût à ma vie d'adulte. Jusqu'à ma deuxième grossesse, où j'ai «sauté une coche», comme on dit. Mon perfectionnisme est devenu extrême. On peut rêver d'être parfaite avec un seul enfant. Mais avec deux? C'est impossible!


Or, je m'étais mis dans la tête que le nouveau-né ne viendrait en rien perturber la vie de mon aînée. Et que je donnerais à mon bébé autant d'attention que j'avais accordée à sa soeur. Ce qui est humainement impossible! Il aurait aussi fallu que je me fasse à l'idée que d'une façon ou d'une autre, mon aînée allait trouver difficile la venue d'une petite soeur. Elle était jalouse. Elle avait deux ans et demi. C'était normal. Je refusais de reconnaître qu'il y avait un problème, et je l'ai amplifié en couvant et en surprotégeant chacune des filles. Il m'est arrivé de me mettre à crier après ma plus vieille parce qu'elle me dérangeait alors que j'allaitais. Je m'en voulais ensuite à mort d'avoir craqué. Je n'en pouvais plus.

Je ne réalisais pas que je courais à la catastrophe. Mes proches, eux, ont bien vu que j'étais rendue au bout du rouleau. Un jour que je pleurais dans la voiture, mon père m'a dit: «Clara, je ne te reconnais plus. Ça n'a plus de sens. Tu n'es plus toi-même!» Il m'avait déjà vue fâchée, stressée, épuisée, anxieuse, comme avant mon mariage ou avant un examen. Mais là, il voyait bien que j'étais vraiment dépressive, impatiente, tourmentée. Quand je n'y étais pas, mes parents, mon mari et la gardienne parlaient de mon cas. À un moment donné, ils m'ont convoquée pour une sorte de conseil de famille et m'ont dit qu'il fallait que je fasse quelque chose. Je ne comprenais pas, je croyais qu'ils étaient tous tombés sur la tête! Mais je suis tout de même allée voir mon médecin.
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1. La chute
2. La dépression postpartum

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