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Pierre-Luc Brillant: non censuré

À 30 ans, avec une filmographie qui ne finit plus de s'allonger, Pierre-Luc Brillant a le vent dans les voiles. Et un côté ours mal léché qui lui fait dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas. Entrevue à cœur ouvert.

Par Lisa-Marie Gervais

Photo: John Londono

Vêtu d'un chandail de laine marine, les cheveux et la barbe en bataille, Pierre-Luc Brillant est la simplicité même. L'air endormi, il sirote un café au Mont-Royal Hot-Dog, situé à deux pas de chez lui, sur le Plateau. Ce resto de poutine, qui date du temps où le quartier était encore «populaire», semble résister à l'envahisseur capitaliste et hyperbranché. Entiché de ce lieu qui était, paraît-il, le préféré du poète engagé Gaston Miron, Pierre-Luc Brillant mène son propre combat pour la vérité et l'authenticité. «Ici, ce n'est ni cher ni très raffiné, mais je me sens chez moi. J'aime les endroits où les gens te reconnaissent et te saluent», admet-il en trahissant son attachement aux traditions et aux «vraies affaires».

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La conversation avec lui ressemble à celle qu'on aurait à livre ouvert avec un vieux chum. N'empêche, on devine qu'il n'a pas trop envie d'être là. Un peu bourru, les traits tirés par le décalage horaire, il revient d'un séjour en Turquie, où il est allé faire la promotion du film Sur la trace d'Igor Rizzi. Depuis C.R.A.Z.Y. , qui lui a valu une nomination aux Jutra, Pierre-Luc Brillant enfile les tournages et les succès au cinéma: Ma fille, mon ange, avec Karine Vanasse, Borderline, avec Isabelle Blais, Tout est parfait, avec Maxime Dumontier... Et bientôt Un ange à la mer, aux côtés d'Olivier Gourmet (Congorama), Romaine par moins 30, de la Française Agnès Obadia, et Némésis, d'André Forcier, avec notamment Roy Dupuis et Céline Bonnier.


L'animal pourrait avoir la grosse tête. Eh bien non. Avec lui, pas de flafla ni de mots de trop. Quand on lui demande de se décrire, il répond sans hésiter, dans un éclat de rire: «J'aime le sexe, le hockey, et ma couleur préférée est le bleu.» Il a un humour bien à lui, s'amuse à décocher des flèches, touche parfois la cible, mais se cache souvent derrière une pointe d'ironie. Tête-à-tête avec un gars pas barré.

Enraciné
«Je suis le plus jeune d'une famille de quatre enfants. J'ai une sœur et deux frères, pas mal plus vieux que moi. J'en ai reçu, des volées, à cause d'eux! (rires) J'étais plutôt solitaire car j'ai grandi dans le bois, au pied du mont Saint-Hilaire, et il n'y avait pas beaucoup de garçons de mon âge dans mon coin. Ma mère enseignait au primaire et mon père était cadre dans la fonction publique. Je n'ai pas été élevé sévèrement, mais il y a des choses sur lesquelles mes parents ne faisaient pas de concessions. Ils avaient des principes et ils m'ont transmis des valeurs comme la générosité, l'ouverture d'esprit... Ça doit venir de la famille de mon père, qui est originaire de Saint-Fabien, dans le Bas-du-Fleuve. Je me sens d'ailleurs plus chez moi là-bas qu'ici, à Montréal. J'y vais le plus souvent possible pour voir ma grand-mère, mes cousins... J'aime me réfugier dans cette campagne bordée par la mer.»


Sauvé par la musique
«C'est en arrivant à la polyvalente que j'ai commencé à jouer de la guitare classique. Ça m'a évité de perdre mon temps avec la télé et les jeux vidéo... (rires) J'ai ainsi appris la musique et surtout la discipline, qui est très importante à l'adolescence. Quand j'ai vu que je pouvais interpréter un morceau au complet, ça m'a happé. Je pratiquais trois ou quatre heures par jour. J'ai participé aux concours du Conservatoire royal de musique de Toronto et j'ai déjà gagné un prix pour la meilleure performance. J'ai eu un excellent maître. Plus qu'un professeur, c'était un ami. Je pouvais l'appeler n'importe quand et parler avec lui jusqu'à 3 h du matin. La vie est tellement plate quand on est ado! La musique me sortait de la réalité, me faisait voyager.»

Brillant philosophe
«Je suis entré au Conservatoire de musique de Montréal à 17 ans. Après deux ans et demi, je me suis rendu compte que ce n'était plus ma place. L'apprentissage était devenu trop technique. J'ai donc abandonné ces cours pour me concentrer sur ma carrière d'acteur, que j'avais abordée tout jeune, notamment dans ZAP, un téléroman pour ados. Et comme j'avais l'impression que pour pouvoir incarner divers personnages, il me fallait un bon esprit d'analyse et une connaissance de base sur tous les sujets, j'ai fait un bac en philosophie, à l'UQAM. Pour moi, c'était le moyen d'acquérir de la rigueur, d'apprendre véritablement à lire et à écrire. Au fil de mes lectures, je me suis aperçu que la psychanalyse m'attirait. Ce que j'apprenais sur l'être humain et l'humanité avait, pour moi, des vertus thérapeutiques. Tout prenait un sens.»

Le jeu dans la peau «Je ne me suis jamais dit: “Je serai un acteur dans la vie.” Et mes parents ne m'ont jamais poussé vers ce métier. J'ai senti naturellement que c'était ce que je voulais faire quand j'ai eu mon premier rôle, à 12 ans. C'était comme une impulsion, le désir profond d'être un autre, peut-être même de changer de peau. J'ai suivi des cours privés, j'ai passé une audition et j'ai joué dans Tirelire, combine & cie, un film de Jean Beaudry dans la série des «Contes pour tous» de Rock Demers. Malgré un petit doute au début de la vingtaine, je n'ai jamais remis mon choix en question.»
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