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Jean Dujardin: un gars, des films
Entrevue avec Jean Dujardin, l'acteur qui ne joue pas les stars.
Par Martin Bilodeau
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99 f Photo: Films Équinoxe
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b>L'empire du rêve
Dans 99 F, tiré du best-seller autobiographique de Frédéric Beigbeder, Jean Dujardin tient son rôle le plus provocant à ce jour: noceur invétéré, égoïste forcené, vendeur de rêves factices. Un diable moderne, en somme, qui évolue dans un milieu immonde – la pub – dont il est à la fois l'esclave et l'artisan.
«Avant de m'aimer, il va falloir que vous me détestiez», nous prévient d'entrée de jeu Octave Parango, l'alter égo de Frédéric Beigbeder dans le roman. «Il n'était pas question de singer Beigbeder pour incarner le personnage, affirme Jean Dujardin. On a pris son look, ses lunettes et sa vanité. Ça suffisait largement.» C'est lui qui a suggéré au réalisateur, Jan Kounen, de faire apparaître à l'écran l'écrivain exhibitionniste et jetsetteur, tel un jumeau maléfique, chaque fois qu'Octave est «sous influence». Ce qui contribue à l'effet schizophrénique de cette satire éclatée, quasi psychédélique. «Quand j'ai vu le film pour la première fois, j'ai été très, très surpris. Je m'attendais à me marrer beaucoup mais, en fait, c'est un film très dérangeant.»
99 F porte sur l'empire du rêve et le désir d'avoir une vie conforme à un idéal véhiculé dans la pub: voiture de l'année, vacances au soleil, appartement chic, vêtements branchés, belle gueule et célébrité. Ironiquement et à son corps défendant, Jean Dujardin représente, dans l'imaginaire collectif français, l'incarnation de tous ces désirs.
Ce papa de deux garçons nés d'un premier mariage, qui forme un couple envié avec la comédienne Alexandra Lamy (sa partenaire dans Un gars, une fille), en est conscient. Ça l'a même rendu très prudent. «Si vous ouvrez la porte de votre maison à Paris Match, vous êtes foutu», affirme-t-il. Il protège d'ailleurs jalousement sa vie privée, et les marchands de sa rue, complices, l'avertissent quand un journaliste de la presse people se planque devant chez lui...
Alors, comblé, Jean Dujardin? «Pas encore», répond le comédien, avouant du même coup ne pas avoir trouvé l'équilibre parfait entre sa vie professionnelle et sa vie intime. «Ma femme, mes enfants, ma maison, ma vie, ma vérité sont prioritaires», dit-il. Et il ajoute: «J'aime pouvoir défiler sur le tapis rouge à Cannes et me retrouver le lendemain dans les allées du Monoprix.» Où, j'en suis certain, il passe inaperçu auprès du Français moyen.
Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC
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