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Isabelle Blais n'a pas froid aux yeux!
Certains films nous vont droit au coeur. Borderline, en est un. On y parle d'une relation mère-fille toxique, de folie, d'amours destructrices, mais aussi d'espoir. Rencontre avec Isabelle Blais qui porte le film sur ses épaules.
Par Chantal Tellier et Louise Dugas
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Photo: Leda & St.Jacques
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Isabelle Blais est une actrice lumineuse. Et une fille vraie. Attablée dans un café du Mile End, elle a une allure folle: petite jupe noire, camisole grise en dentelle, écharpe bordeaux, médaillon en forme de rose... Rien d'apprêté ni d'artificiel dans son look. De la classe et du style, c'est tout. Mais quel style!
Elle est là pour parler du film Borderline, inspiré des romans de Marie-Sissi Labrèche, et de son rôle casse-gueule de Kiki, une jeune femme qui survit à une enfance de misère, marquée par la pauvreté et la folie d'une mère. Le long métrage réalisé par Lyne Charlebois met aussi en vedette Sylvie Drapeau, bouleversante dans le rôle de la mère catatonique de Kiki, et Angèle Coutu, méconnaissable dans celui de la grand-mère dominatrice. Au milieu de ce quatuor féminin, Jean-Hugues Anglade, la star de 37°2 le matin, joue le rôle de Tcheky, le prof marié dont Kiki s'amourache. C'est avec lui qu'Isabelle Blais a tourné les scènes les plus osées de Borderline.
Un film qui prend aux tripes «La première fois que j'ai vu Borderline, j'ai réussi à oublier que c'était moi qui jouais à l'écran, et ça, ça ne m'était jamais arrivé avant. Je me disais: “Voyons, je ne suis quand même pas pour me faire pleurer moi-même!” L'histoire est si prenante. Le film aurait pu être très déprimant, terre à terre, genre “p'tite vie”, mais le choix des images et le scénario élèvent le récit. Lyne, la réalisatrice, a transposé l'histoire de Marie-Sissi Labrèche avec beaucoup de poésie... On sent de l'espoir partout, même dans les scènes les plus dures.»
L'actrice et son double «J'ai rencontré Marie-Sissi il y a cinq ans, à l'occasion d'une entrevue qu'elle devait écrire pour un magazine. Elle m'avait alors mentionné qu'elle était romancière, qu'un film serait probablement adapté de ses livres et qu'elle me verrait bien jouer le personnage de Kiki, inspiré de sa vie. Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde! Je suis tout de suite allée acheter Borderline et La brèche, et je les ai lus. Et là, wow! J'ai été touchée par l'histoire, le personnage... On peut tous se reconnaître dans Kiki, même si on n'a pas vécu les mêmes choses qu'elle.»
L'image de la résilience «Avant de faire Borderline, j'avais aussi lu Boris Cyrulnik, entre autres son ouvrage Un merveilleux malheur, sur le concept de la résilience... Ça m'avait beaucoup interpellée. Ce n'est pas vrai que les gens qui viennent d'un milieu défavorisé se dirigent nécessairement vers la déchéance. Parfois, c'est même le contraire: ceux qui finissent par mener une existence misérable sont des jeunes qui ont tout reçu... En ce sens, je trouve que le livre et le film remettent en cause certains clichés.»
la Relation mère-fille «Les liens mère-fille sont parfois toxiques, comme ceux qu'on voit dans le film. En ce qui me concerne, j'ai un rapport sain quoique très symbiotique avec ma mère. Elle m'a déjà avoué qu'elle aurait aimé être comédienne, mais qu'elle était trop gênée et qu'à son époque ce n'était pas un choix qu'elle pouvait vraiment faire. Cela dit, elle est contente que j'exerce ce métier. À l'adolescence, j'étais en révolte contre mon père et ma mère. Puis, ça s'est calmé. J'ai eu un peu plus de frictions avec mon père, parce que je lui ressemble davantage. C'est une tête forte.» (Sourire)
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