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Brad Pitt: le beau samaritain
Jadis, les filles rêvaient de passer une nuit avec Brad Pitt. Aujourd'hui, elles veulent l'épouser. Radioscopie d'un sexe-symbole devenu homme.
Par Martin Bilodeau
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Photo: GettyImages.com/ James Devaney
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Il était beau à regarder; il n'a rien perdu de ce côté. Il avait du talent; son prix d'interprétation au Festival du cinéma de Venise l'an dernier l'a confirmé. Mais quelque chose a changé en Brad Pitt. Après 15 années de «staritude» dans le circuit fermé de Hollywood, le poster boy adulé a quitté son orbite pour toucher terre. Le voici devenu ange gardien, bienfaiteur, homme du monde, redresseur de torts et bâtisseur de rêves, en plus d'être un père exemplaire et un conjoint dévoué pour sa partenaire, Angelina Jolie, ambassadrice de bonne volonté du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Traqué depuis ses débuts par la presse people, l'acteur conduit maintenant les paparazzis où il veut, c'est-à-dire là où l'indiscrétion médiatique peut être vraiment utile: en Asie, auprès des sans-abris; à la Nouvelle-Orléans, auprès des sinistrés de Katrina; en Afrique – ground zero de son virage amorcé en 2005 –, dans un camp de réfugiés pour sidéens... (Mais pas dans la province du Sichuan, victime d'un séisme, car, depuis qu'il a joué dans Seven Years in Tibet il y a 11 ans, Pitt, comme toute l'équipe du film d'ailleurs, est interdit de séjour en Chine!)
«Nous ne pouvons pas échapper à l'attention des médias, expliquait l'acteur l'an dernier dans le magazine Entertainment Weekly. Eux (les démunis du monde entier) sont incapables de l'obtenir. Alors, nous essayons d'égaliser les chances...»
L'effet papillon Le dur de Fight Club et le mélancolique de Meet Joe Black s'est donc découvert des atomes crochus avec la grande famille humaine. Emblème de cette révélation: Babel (2006), du Mexicain Alejandro González Inárritu, dans lequel il incarne avec finesse un riche Américain en voyage au Maroc, dont le malheur isolé – son épouse a été blessée par une balle égarée – déclenche une tempête politique mondiale. Film-événement à plus d'un titre, Babel est le repère filmographique après lequel rien n'est plus pareil pour Pitt.
Cette mutation ne pouvait mieux tomber. En effet, depuis le tournant du millénaire, la carrière de ce fils de gérant d'une entreprise de transport du Missouri n'allait nulle part. La superproduction Troy, qui reposait entièrement sur ses épaules, s'est écrasée en 2004, comme Spy Game et The Mexican avant elle. Mr. & Mrs. Smith, thriller plutôt artificiel, a marqué le début de son histoire d'amour avec Angelina, et sonné le glas de son mariage avec Jennifer Aniston, bref, donné lieu à un carnaval d'indiscrétions qui a littéralement enterré le film. Résultat: nouvel échec commercial.
Nous sommes en 2005. Que faire pour stimuler une carrière d'acteur qui vacille? Vite, un plan B. S'inspirant du modèle Clooney-Soderbergh, ses potes d'Ocean's Eleven, Brad Pitt fonde une maison de production (Plan B Entertainment Inc.) qui va redonner un sens à sa carrière. Il en avait jeté les bases avec Jennifer Aniston en 2005. Il l'a inaugurée en 2006 avec Angelina Jolie. Leur premier titre: God Grew Tired of Us: The Story of Lost Boys of Sudan, un documentaire narré par Angelina sur trois réfugiés de la guerre civile du Soudan qui tentent de refaire leur vie aux États-Unis.
Le ton est donné: Plan B sera un canal de diffusion pour les causes humanitaires que le couple embrasse, mais aussi un sacré espace de liberté. En 2006, Brad Pitt produit The Departed qui reçoit en 2007 l'Oscar du meilleur film et procure enfin au grand Martin Scorsese l'Oscar du meilleur réalisateur. L'année suivante, Plan B assure aux deux stars des rôles de premier choix: à Angelina, celui de Mariane Pearl, épouse du journaliste Daniel Pearl enlevé et assassiné par des islamistes au Pakistan, dans A Mighty Heart; et à Brad, celui du bandit Jesse James dans The Assassination of Jesse Jamesby the Coward Robert Ford, western spleenétique peu vu, mais qui a valu à l'acteur la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine – sa première vraie récompense en carrière – à la Mostra de Venise en 2007.
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