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Taire des femmes
Les bibittes font peur, les monstres font peur, les terroristes font peur, les catastrophes naturelles font peur et... les femmes font peur.
Par Richard Martineau
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Il faut s'en protéger, la mater, la voiler... La rendre invisible. Garder son couvercle bien fermé, sinon qui sait quels horribles fantômes, quels terribles maléfices pourraient en sortir?
La femme est impure, changeante, fourbe. On ne peut lui faire confiance, car elle prend un malin plaisir à exploiter les faiblesses de l'homme, à miner sa force de caractère... Du nord au sud et de l'est à l'ouest, tous les extrémistes religieux ont voulu faire taire la femme. La peur des femmes traverse toutes les cultures et toutes les époques; c'est même la pierre angulaire des trois grandes religions monothéistes.
La femme croque la pomme, coupe les cheveux de Samson, réclame la tête de Jean-Baptiste, entraîne Sodome et Gomorrhe à leur perte, séduit Ulysse, ouvre la boîte de Pandore, pousse Macbeth au meurtre, cause la guerre de Troie...
Mais est-ce la femme qui est forte ou l'homme qui est faible? Poser la question, c'est un peu y répondre.
Car si l'homme trouve la femme dangereuse, c'est parce qu'il se sent vulnérable en sa présence. Parce que sa beauté le trouble, parce que son odeur lui fait tourner la tête, parce que sa chevelure lui fait ramollir les jambes...
La femme, c'est le désir. Et qui dit désir dit abandon. Or, l'homme ne veut pas baisser la garde, sinon qui sait ce qu'il adviendra de son pouvoir?
On parle beaucoup du voile, par les temps qui courent. Du hijab, de la burka. Mais au fil des ans, le voile a pris toutes sortes d'apparences: ceinture de chasteté, électrochocs, antidépresseurs... Chaque civilisation a inventé sa façon de tenir les femmes tranquilles, de les mettre à part, de leur fermer la gueule.
La crainte des femmes n'est pas propre à une culture, à une religion. C'est un des atavismes les plus partagés en ce bas monde. D'où l'importance de le dénoncer, de le pourchasser et de le combattre... où qu'il se terre.
Article publié originalement dans le numéro de mars 2007 du magazine ELLE QUÉBEC
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