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Échec: un mot tabou
L'échec fait-il moins mal quand on refuse de l'appeler par son nom?
Par Richard Martineau
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C'est faux, totalement faux. Un divorce, pour des enfants, c'est une tragédie. Oh! ils vont survivre, ils ne deviendront pas forcément psychotiques ou asociaux, ils vont peut-être même se marier à leur tour, mais ils porteront toujours cette cicatrice au fond du coeur et souhaiteront toujours voir leur père et leur mère réunis, même s'ils s'entendent très bien avec les nouveaux conjoints de leurs parents.
Mais ça, on ne veut pas le savoir, ça nous fait trop mal. Alors, on passe notre temps à répéter à qui veut l'entendre que les enfants «ont bien pris ça». C'est le moyen que nous avons trouvé pour nous débarrasser de notre culpabilité. «Bof, les enfants, ça s'adapte. C'est comme des balles de caoutchouc: ça rebondit et ça poursuit son chemin!»
Yeah, sure.
Quand j'étais jeune et que j'obtenais 30 % à un test de maths, on appelait ça un échec. Aujourd'hui, c'est une non-réussite. Mais on a beau utiliser des mots moins sévères ou plus jolis, un échec reste un échec. Comme le spécialiste en éducation Philippe Perrenoud l'affirme: «Jeter le thermomètre n'a jamais fait tomber la fièvre.» Et ce n'est pas parce que vous balayez la poussière sous le tapis que la pièce sera propre.
Dans les années 80, il y avait une pub de déodorant qui proclamait: «Ne laissez jamais les gens vous voir suer.» Ça pourrait être le crédo de notre époque: chacun joue au vainqueur, tout le monde gagne, personne ne perd.
«L'échec est l'épice qui donne sa saveur au succès», disait l'écrivain américain Truman Capote. Heureusement qu'il est mort en 1984. Car s'il vivait encore, l'auteur du best-seller De sang-froid trouverait la vie bien fade...
Article publié originalement dans le numéro de juin 2008 de ELLE QUÉBEC
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